Guy BAILLON

photo de Guy BAILLON

Guy Baillon est psychiatre des hôpitaux. Il a été médecin chef de 1971 à 1999, puis PH, jusqu’en 2001, de l’équipe du secteur 14 G de Seine-Saint-Denis à Bondy, rattachée à l’hôpital de Ville-Evrard. Il est auteur de Les urgences de la folie, l’accueil en santé mentale (Gaëtan Morin, 1998).

Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux Paris le 9 mars 2010
Les cabinets de groupe m'ont attiré vers la médecine, je ne rencontre la psychiatrie que par hasard à la fin, après la thèse, la lecture de Freud décide de ce choix. La rencontre avec l'asile est, après, un tel choc, comme preuve de l'horreur que peut créer l'abandon par la société des personnes les plus vulnérables (Maison-Blanche, Ste Anne, Ville-Evrard) que je comprends que je ne pourrai plus le quitter, d'autant que j'ai la chance d'y rencontrer aussitôt des maitres à penser Hubert Mignot, Philippe Paumelle, Hélène Chaigneau qui me font pressentir la puissance de la sagesse, je me sens pris d'un espoir fou. Ces trois données de départ horreur, sagesse, folie ne me quitteront pas. Les personnes que j'y rencontre, soit qu'elles souffrent, soit qu'elles soignent (j'ai d'emblée une grande admiration pour les infirmiers qui acceptent de partager leur vie), ont peu à peu complété ma formation. Ma carrière a été simple, dans une même équipe sans autre prétention que de tenter de comprendre ce qu'il était possible de faire là. J'ai la chance entre 1967 et 1980 de rencontrer grâce à un espace qui était le lieu de tous les débats, des psychiatres, en plus de mes trois maitres, dans le syndicat des psychiatres des hôpitaux, le SPH, avec d'un côté des ‘géants', au syndicat (Bonnafé, Bailly-Salin, Ayme, Misés...) et à sa marge d'autres (Henri Ey, Daumezon, Oury, Sivadon, Tosquelles, Gentis, Rappard, Racamier, Diatkine, Lainé, Hochmann...) de l'autre côté des ‘frères' (Karavokyros, Sabourine, Fortineau, Durand, Minard, Piel, Colucci de Trieste, Delion, Quartier de Genève, Chaltiel... et tant d'autres infirmiers, Roumieux, Gigou, Mousson, ... philosophes Jeanson, et trois groupes de formation fabuleux : les CEMEA où j'étais trois ans rédacteur de VST, la SOFOR, SERPSY). Ce SPH ayant éclaté en 1984 la psychiatrie va perdre l'unité qui lui avait permis de promouvoir la politique de secteur ; celle-ci m'était apparue d'emblée comme un fil conducteur pour dialoguer avec la société et une source d'inspirations (cela ne m'a pas empêché de faire ce que je pense aujourd'hui avoir été un bon nombre d'erreurs, mais cela m'a guidé pour travailler 30 ans dans le même département avec la même équipe, et d'arriver un an avant mon départ en retraite, notre équipe et 7 autres ayant totalement quitté l'asile, à être enfin certain que cette ‘hypothèse de travail' était ‘validée', et qu'une psychiatrie humaine, simple, s'appuyant sur le tissu humain de la Cité, était réalisable).
De cette période je garde, à l'égard de la profession de psychiatre, l'étonnement que l'on puisse la choisir, être formé dans le service public, et penser pouvoir en partir pour s'installer dans le privé en ‘oubliant' que le service public de psychiatrie d'un pays représente la réponse globale de ce pays à une souffrance qui n'est jamais seulement individuelle, qui est en réalité une demande de plus en plus désespérée de ‘liens'. Je sais que nombre de collègues installés dans le privé (dont quelques uns font un remarquable travail de service public à partir d'une clinique privée ou d'une association) disent participer à cette dimension publique et collective de la psychiatrie. Je sais que la psychanalyse a besoin d'une niche privée pour continuer à élaborer son parcours de recherche (sinon je n'aurai jamais pu bénéficier d'une longue et utile analyse). Mais je souffre de savoir que depuis plus de 10 ans un quart des postes du service public est vacant, cela veut dire qu'un quart des soignants souffre (oui ‘souffre') d'abandon, ce qui a de multiples retentissements sur l'ensemble de la France et en particulier qu'un quart des patients ‘sont mal soignés', leurs familles ‘non soutenues'. Tant que notre profession n'a pas comblé ce déficit, elle perd sa crédibilité. Il est inutile de chercher des persécuteurs.
Pendant tout ce temps j'ai été attentif au ‘travail d'équipe', l'outil essentiel de cette ‘pratique' de secteur, guidé en cela, non par des livres, mais par des ‘évaluations' (oui évaluation, vous avez bien entendu). Nos évaluations, confrontées à celles menées par la population de notre secteur, ont donné à notre équipe deux objectifs : travailler « l'Accueil », le début de tout soin en 1982, et reconvertir la totalité de nos soins de l'asile vers la ville, y compris les 20 lits utiles, complémentaires aux autres soins, en 2000, et 7 autres équipes. Tout ce parcours n'a été possible que parce qu'un lent mouvement de convergence locale s'était élaboré entre tous les partenaires de l'hôpital et du département : élus (maires Fuzier, Roger, Bartolone), administrateurs (Marchandet), tous les travailleurs et soignants de l'hôpital, familles, ....

Long et passionnant parcours de 35 ans (1965-2001), le hasard a voulu qu'aussitôt après je sois entrainé par les ‘familles', rassemblées en association nationale, l'UNAFAM, union nationale des amis et familles de malades mentaux, son président Jean Canneva, puis assez vite, par les ‘usagers' de la psychiatrie (les patients choisissant ce terme pour se démarquer d'une dépendance à vie de la psychiatrie) réunis en petites associations, fédérées dans la FNAPSY, fédération nationale des associations de patients de la psychiatrie, sa présidente Claude Finkelstein, me faisant tous découvrir l'autre face de la réalité de la folie. Là, tout en rencontrant de nombreux acteurs sociaux (Véry, l'ANCREAI avec JY Barreyre, ...) j'ai la surprise d'assister à l'émergence d'une loi complémentaire aux soins, une loi attentive aux besoins sociaux quotidiens des personnes soignées pour des troubles psychiques graves, loi dite de l'égalité des chances, actualisant la notion de handicap psychique. Ces rencontres m'ont permis de comprendre qu'existent sur la folie des regards complémentaires d'une très grande valeur. Familles et usagers savent qu'aucun des acteurs qui les soutiennent dans leurs parcours n'a une vision totale de l'ensemble de leurs besoins, ni de la complexité de leurs parcours. Il est indispensable que tous les acteurs découvrent cela et le travaillent ensemble.
Cela m'est apparu si important que je sais qu'aujourd'hui je mènerai d'une toute autre façon mon parcours professionnel si j'étais étudiant. Ce que familles et usagers apportent est essentiel, ce qui ne veut pas dire qu'elles peuvent tout dicter (elles ont fait des erreurs : la loi de 1990 et peut-être la future loi), mais leurs associations sont des acteurs incontournables.
Tout ceci m'a déterminé à écrire en 2008 un essai pour soumettre l'ensemble à un débat de fond sur l'avenir de la psychiatrie, à mettre entre les mains de tout citoyen, ‘l'ennemi numéro un' étant clairement la ‘stigmatisation' dont folie et psychiatrie sont l'objet. Alors que la folie est richesse et partie constitutive de tout homme.

Le hasard a voulu que l'Etat proclame une violente déclaration de guerre contre folie et psychiatrie le 2 décembre 2008 (ce livre était à la correction). Initiateur d'un des Appels, j'ai rejoint le collectif des 39, participé à sa journée du 7 février 2009 et y suis avec passion l'élaboration des réponses à construire, car la nécessité de propositions nouvelles et fortes va permettre de ‘fédérer' et de préparer l'avenir. Nous savons tous que la crise de la psychiatrie était largement antérieure à cette déclaration de guerre et qu'elle doit donc être comprise, mise à plat, dans son ensemble.
Ainsi au-delà de l'attention à porter aux dangers inouïs des projets ministériels actuels, il est essentiel qu'un profond mouvement de réflexion sur la folie se développe en France, c'est l'intérêt que je trouve à participer à ces échanges sur Médiapart comme aux débats publics autour des idées que rassemble cet essai, écrit sous l'impulsion des familles et des usagers.
C'est sur ces idées que j'ai été invité depuis juin 2009 à un certain nombre de rencontres à Genève, à Longjumeau, Paris, Vélizy, Rennes, Paris, Limours, Rennes encore, Bobigny.
Et dans les prochains jours et semaines : Châteauroux, Orléans, Gap, Quimper, Caen, (celles-ci du 15 au 23 mars), puis Paris, Bagneux, Villejuif, Perpignan, Bruxelles, Paris, ...
Le souci étant que les acteurs de divers horizons, professionnels de la psychiatrie et de l'Action Sociale, élus, chercheurs, philosophes, architectes, anthropologues, ... citoyens, échangent et parlent de la folie, ils font des découvertes ! Mon envie est de partager tout cela.
Ce monde peut changer, ...chacun a sa place dans cet échange, et participe à sa construction.

guy-baillon@orange.fr

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