Le psychanalyste a-t-il une vie de famille ? Dans une version idéalisée de la psychanalyse, aucune vulgarité de la réalité du monde ne viendrait entacher la relation thérapeutique. A la façon d’êtres de pure lumière, les deux protagonistes de la scène évolueraient loin du tumulte du monde en traversant le fantasme sur le divan comme d’autres traversent Paris en RER. Hélas, le psychanalyste a souvent conjoint et enfants et éventuellement mal aux dents. De petits détails, signifiants énigmatiques, s’offrent à l’analysant toujours plus ou moins habité de curiosité infantile : quel est cet homme ou cette femme croisé(e) sur le palier avec des clefs en mains ? Qui est cet enfant dans le jardin ? Que signifie cette boîte d’antalgiques sur le bureau ? Était-ce bien vous sur la photo du journal auprès d’un sportif qui n’a rien d’un intellectuel ?

                Ici, la jeune Camille vient seule mais pas tant que ça, il y a sa mère, son père, la psychologue de l’assurance, son entraîneur qui perturbent la mise en place d’une relation authentique. L’analyste est convoqué en tant qu’expert pour dire le vrai de Camille, ce à quoi il se refuse poliment tout en ne se défaussant pas de sa tâche.

                Comment écouter Camille dans sa singularité alors qu’elle est encore une enfant, donc sous la responsabilité de ses parents et que la demande est, au départ tout au moins, une commande de l’assurance ? C’est un grand défi pour l’analyste de tenter, à chaque séance d’éviter d’être intrusé par la réalité externe pour privilégier la mise en place d’une réalité interpsychique. Une règle précieuse lorsqu’il s’agit de recevoir des enfants qui interdit tout contact avec les parents hors de la présence de l’enfant. Pas toujours facile quand tombent des mails bienveillants pour informer le psy.

                Et comment écouter autre chose que le factuel ? Comment entendre l’inconscient au-delà de la naïve positivité de l’époque qui ferait croire que celui qui pense consciemment à la mort est un suicidaire en puissance ?

                L’épisode aborde également un thème trop négligé : celui de la pression à la réussite. Les adolescents n’ont jamais été aussi bien portants qu’aujourd’hui mais ils vivent dans un univers symbolique concurrentiel où la performance dit la valeur du sujet. Le regard de l’autre devient source de l’estime de soi et Camille de citer la téléréalité qui est le modèle adolescent de la relation. L’inflation ces dernières années des phobies scolaires témoigne de la difficulté d’être à la hauteur des attentes imaginaires du social. La pauvre Camille évitera, par son accident malheureux, la pression des sélections olympiques mais à quel prix !


photo de Marcel SANGUET

Marcel Sanguet est psychologue clinicien, psychanalyste, il exerce à Chambéry au sein d'un CHS ainsi qu'en pratique privée.


Voir ses ouvrages

Commentaires (1)

Karim-vincent ZERDAZI
19/02/2021 - 20:27

les 5 patients me paraissent plus clients qu'analysés.

Vous devez vous connecter pour poster un message !