Une fiction, évidemment, mais tellement vraie

FRANÇOIS MARTIN-VALLAS    MERCREDI 24 FÉVRIER 2021
Blog La psychanalyse en série

Il est rare que je me fasse prendre par une fiction portant sur la “psy” comme je le fus en regardant cette série. Alors, oui, c’est bien une fiction. Déjà le rythme des séances est étrange : pourquoi une par semaine, et non deux ou trois, en tout cas pour certains des patients. Et le cadre n’est pas moins étrange avec cette porosité entre le cabinet de l’analyste et son domicile privé. Enfin, et surtout, voici un analyste pour le moins logorrhéique… Il parle, il explique, il s’explique, paraissant souvent bien plus préoccupé par sa personne que par son patient. Une fiction, donc, fort éloignée de la réalité des séances d’analyse, et pourtant si vraie !

Voici un analyste débordé, confus, sur la défensive, qui se trouve entraîné immanquablement dans un rapport de vérité avec chacun de ses patients. Et plus il cherche à se cacher, plus il se dévoile, ce que chaque patient perçoit fort bien, ce sur quoi chaque patient s’appuie pour (re)construire son propre destin. Heureusement pour nous, analystes, une telle densité est exceptionnelle, et, si elle se présente, elle nous fait nous précipiter chez un superviseur pour tenter de retrouver pieds sur terre. Mais si on déploie la densité inhérente à la fiction, si l’on remet ces images dans une temporalité plus réelle, si, donc, on regarde chaque séance comme condensant au minimum un semestre d’analyse, alors cette série me paraît être un fort bel exposé des multiples mouvements intérieurs de l’analyste, mouvements intérieurs qui, le plus souvent, sont sa meilleure source d’information sur ce qui agite ses analysants, les déstabilisent, leur font perdre leurs repères et leur offre leur plus grande chance de trouver une nouvelle stabilité, sur de nouvelles bases réinventées au décours de leur travail analytique. Bref, c’est bien la dynamique de l’analyse, du coté de l’analyste, qui me paraît être ici être mise en scène, et de façon magistrale, ce que seule une forme de caricature, au sens noble, pouvait permettre.

François Martin-Vallas est psychiatre, docteur en psychologie, chercheur associé à l’Université Lyon 2 et analyste superviseur à la Société Française de Psychologie Analytique (SFPA).


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