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12/04/2026
Danièle Faugeras
Blog PO&PSY

Une traductrice entre Taïwan et la Provence : Elizabeth Guyon-Spennato pour "Une rose rouge dans le désert"

Cet article reproduit la version française (publiée en ligne sur le site de CNA - agence nationale de presse de Taïwan) de l'annonce et du compte rendu de la conférence organisée conjointement par le Bureau de Représentation de Taipei en France (Bureau d'Aix en Provence) et la Fondation Saint-John Perse, le 30 mars 2026. Conférence à laquelle participait activement Élizabeth GUYON-SPENNATO, la traductrice de "Une rose rouge dans le désert" de la poète taïwanaise CHEN Hsiu-chen (po&psy princeps 2026).

 

 

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Bureau de Représentation de Taipei en France, Bureau d’Aix-en-Provence

駐普羅旺斯辦事處

 

 

Échos Poétiques : Elizabeth GUYON SPENNATO, une Muse entre la Provence et Formose

27/03/2026

 

En 2025, la poétesse du Sud Elizabeth GUYON SPENNATO s’est vu décerner le prestigieux « Prix Formosa des Échanges et de la Traduction » par la Fondation Culturelle de Tamsui. Cette distinction vient couronner le dévouement et l'élégance avec lesquels, maniant avec une grâce égale le chinois et le français, elle s’attache depuis de longues années à traduire et à insuffler la voix des poètes taïwanais, ainsi que la délicatesse de leurs courts poèmes modernes, au cœur de l'univers littéraire français.

 

(Elizabeth aux côtés de LEE Kuei-shien, poète, Trésor National de Taïwan.)

 

Quand la poésie se fait pont et l'image murmure : le souffle de Taïwan s'invite en Provence

Sous l'azur d'un après-midi printanier en Provence, la caresse du soleil sur les pavés s'étire telle une page de poésie que l’on déploie avec lenteur. C'est ici que s'écrit, entre les vers et les cœurs, l'histoire partagée entre la poétesse Elizabeth et Taïwan — un récit né de la plume, qui trouve son écho au-delà des écrans.

 

Trois ans de clarté culturelle : la tendre alliance entre cinéma et poésie

Depuis 2020, des liens d'une précieuse complicité unissent Elizabeth au Bureau de Taïwan à Aix-en-Provence. Sous l'impulsion de cette institution, elle déploie sa sensibilité de poétesse et la douceur de son engagement pour cultiver l'échange des mots entre nos deux terres. À travers le prisme du cinéma féminin taïwanais, elle révèle la richesse d'une île où cohabitent les langues et les mémoires, semant ainsi avec subtilité l'âme de Taïwan en terre provençale. Après trois années de maturation et une collaboration étroite avec ledit Bureau et l'Institut de l’image d'Aix-en-Provence, les œuvres de réalisatrices taïwanaises ont ainsi illuminé les écrans :

  • Avril 2024 : Day Off
  • Janvier 2025 : Missing Johnny

À chaque lever de rideau, Elizabeth, de sa voix empreinte d'une douceur infinie, tisse pour son auditoire le récit des métamorphoses historiques, politiques et sociales de Taïwan. Elle offre également le souffle des vers en taïwanais de LEE Kuei-shien, poète lauréat et trésor de l'âme nationale.

Bien plus qu'une simple lecture, elle dévoile son attachement profond pour cette langue dont elle saisit chaque nuance de cœur. Sous le ciel de Provence, elle laisse ainsi la mélodie des mots taïwanais s’élever et flotter avec grâce, comme une caresse suspendue dans l'air.

 

 

(Lors de la rencontre poétique du 17 janvier 2025, Elizabeth a présenté des œuvres de la poétesse taïwanaise CHEN Hsiu-chen.)

 

Trois mois d'immersion en terre taïwanaise : un dialogue au cœur de la "Li Poetry Society"

Afin d'offrir toute sa splendeur à la rencontre poétique du 30 mars 2026 — co-organisée par le Bureau de Taïwan à Aix-en-Provence et la Fondation Saint-John Perse — Elizabeth a regagné les rivages de Taïwan en décembre 2025 pour un voyage d'étude de trois mois, telle une quête au creux des vers. Elle est allée à la rencontre des voix de la « Li Poetry Society », ce cercle emblématique de la poésie locale, croisant le regard de poètes, de peintres, d'historiens, d'universitaires et d'acteurs de la scène médiatique.

Chaque entretien fut une confidence lente et sincère, lui permettant de saisir le terreau sauvage, l'évolution des langues et le sillage de l'histoire qui irriguent la poésie taïwanaise. Son vœu le plus cher est désormais de partager avec le public français le charme magnétique de cette culture plurielle.

Lors de cette veillée du 30 mars, Elizabeth nous transmettra l'écho des poétesses taïwanaises à travers leurs récitals filmés; elle nous bercera également de chants aborigènes de l'île et de poésie chinoise. À travers le film Gaga (« traditions et codes de savoir-vivre hérités des ancêtres » dans la langue Atayal), elle dévoilera les dissonances et les harmonies entre les traditions Atayal et le tumulte de la vie moderne, invitant chacun à contempler la beauté et la mélancolie de l'une des seize tribus autochtones de Formose.

 

L’unique plume étrangère au cœur de la revue Li Poetry Magazine

Le destin d’Elizabeth et de Taïwan est à jamais tressé de poésie.

Après avoir parachevé ses études à l’Université normale (NTNU) et à l’Université nationale de Taïwan (NTU) dans sa jeunesse, elle s’est adonnée à l’écriture. En juin 2021, répondant à l’invitation fraternelle de la poétesse CHEN Hsiu-chen, elle devient la première et l'unique plume étrangère, depuis la création de la revue en 1964, à publier ses vers directement en langue chinoise dans le n°343 de Li Poetry Magazine. À ce jour, ses œuvres ont illuminé 29 numéros, telle une rivière poétique franchissant les frontières pour couler éternellement vers l'horizon littéraire taïwanais.

Par ses vers et ses traductions, elle invite les littératures taïwanaise et française à un tendre tête-à-tête.

En 2019 et 2022, elle a fait éclore en France les recueils bilingues La langue du Sud (mandarin-français) et Cœur Pur (taïwanais-français), suivis en 2024 de Un soleil sur le visage (mandarin-français) publié à Taïwan. Dans ces pages, la lumière de Provence se mêle au parfum de Taïwan ; on y perçoit son âme française, mais par-dessus tout, son attachement profond pour cette île qu’elle chérit comme sa seconde patrie.

 

 

 

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Bureau de Représentation de Taipei en France, Bureau d’Aix-en-Provence

駐普羅旺斯辦事處

 

 

Poésie, cinéma et gastronomie : un festin culturel taïwanais en Provence.

01/04/2026

 

Le lundi 30 mars, le Bureau a organisé à Aix-en-Provence une soirée mettant à l'honneur poésie taïwanaise, culture austronésienne et cinéma. Après deux années consécutives de collaboration avec la poétesse du Sud Elizabeth Guyon-Spennato, la Fondation Saint-John Perse et l'Institut de l'Image, cet événement annuel s'est imposé comme une référence incontournable de la culture taïwanaise en Provence, transcendant les frontières pour faire découvrir au public local un patrimoine littéraire et une esthétique cinématographique pleins de diversité.

 

À la croisée de la littérature et des langues

La première partie de soirée a été lancée par Mme Spennato et le Professeur Liu Chan-yue (chaire en études taïwanaises, Inalco). Dans un français fluide, M. Liu a débuté son intervention en proposant à l'auditoire — plus de 80 personnes — une introduction linguistique : il a évoqué l'étymologie du mot "Taïwan", le rôle central de l'île en tant que foyer ancestral et centre de dispersion des langues austronésiennes, ainsi que la répartition géographique de ses 17 peuples autochtones. Statistiques à l'appui, il a dressé de manière vivante et concise un portrait de Taïwan, rappelant à l'occasion que la chaire en études taïwanaises (un sujet qu'il promeut activement depuis nombre d'années à Paris) collaborait désormais avec des établissements d'enseignement supérieur taïwanais pour mettre en place une plateforme d'apprentissage en ligne. Cette plateforme propose 17 cours gratuits couvrant plusieurs langues dont le taïwanais (taigi), le hakka taïwanais et les langues austronésiennes taïwanaises. Il a invité le public français à utiliser cette ressource comme porte d'entrée vers une compréhension plus approfondie de la culture formosane.

 

 

 

Mme Spennato a ensuite guidé le public à travers un long voyage historique, allant du milieu du XVIe siècle (découverte de Formose par les Portugais) à l’émergence de la scène poétique locale après-guerre, jusqu'à ce jour. À l'aide de projections sur grand écran, elle a présenté le poète Lee Kuei-hsien (considéré par beaucoup comme un trésor national), aux côtés de poétesses telles Chen Hsiu-chen, Lin Lu, Yang Chi-chu, Hsieh Pi-hsiu, Chuang Tze-jung, Chien Jui-ling, Wu Ming-chuan et Li Yu-fang, ainsi que leurs œuvres en taigi ou hakka. Elle a par la suite diffusé plusieurs extraits d’entretiens réalisés il y a quelques mois, lors d’une visite à Taïwan consacrée à ces huit femmes. Ces dernières y relatent en détail leurs contextes créatifs, parcours émotionnels et autres sources d'inspiration, tout en décrivant comment, grâce à la poésie, elles ont redécouvert la profonde portée sociale de leur langue maternelle. Cela leur a permis de renouer avec leurs racines et liens communautaires, avant de convertir ces expériences en mots empreints de cœur, vecteurs d'émotions sincères et de réaffirmation d'identité.

 

Parmi ces œuvres, celles de Chen Hsiu-chen — une amie proche — se distinguent par un humour subtil et des perspectives novatrices, révélateurs d'une innocence hors du commun alors que l'artiste navigue à la croisée des cultures. Via Mme Spennato, les écrits de Chen Hsiu-chen ont capté l’attention d’une prestigieuse maison d’édition française, qui s’apprête à publier en mai prochain "Une rose rouge dans le désert", son premier recueil de poésie bilingue français-chinois incluant 70 poèmes courts. Les textes originaux y sont présentés en caractères chinois traditionnels, aux côtés de traductions françaises réalisées par Mme Spennato. Ce n'est pas la première fois que des œuvres de Mme Chen sont traduites en français (deux anthologies de poésie les présentaient déjà en 2021 et 2022). L'artiste a d'ailleurs été conviée à la 13e édition du Festival "Poésie Sauvage", prévue du 13 au 16 août dans le Midi, en tant qu’invitée d'honneur internationale.

 

 

 

Diplomatie culinaire : le "soft power" du palais

Afin d'offrir aux convives une immersion des plus authentiques, le Bureau a préparé une surprise pour l'entracte : un éventail de mets fournis par le restaurant taïwanais "HI ! BOWL & BUBBLE", établi à Avignon. Cela a permis d'emplir les lieux des arômes envoûtants de spécialités taïwanaises telles le riz au porc braisé avec champignons, les œufs braisés, les nouilles de riz sautées, les mochis au lait ou encore le thé Oolong. Ces mets simples mais porteurs de saveurs exquises ont su transmettre avec brio le charme d'une cuisine naturelle, tout en répondant aux attentes du palais français.

Le chef Chiu Chi-yen — dont le restaurant collabore avec le Bureau depuis trois ans déjà — a expliqué que, dans sa quête visant à recréer la texture souple et élastique des nouilles de riz sautées "à l'ancienne", il s'était rendu à Marseille, puis à Nice (à 300 km de là), avant de réussir à se procurer d'authentiques nouilles de riz de Hsinchu. C'est un grand honneur pour lui de participer à cet événement majeur des échanges culturels Taïwan-France, durant lequel il a pu proposer des spécialités ne figurant habituellement pas au menu du restaurant, afin de ravir les convives.

 

Film "Gaga" : des valeurs universelles qui transcendent les frontières

La seconde partie de soirée était consacrée à la projection du film "Gaga", œuvre primée de la réalisatrice Laha Mebow, du peuple autochtone des Atayal. En effet, "Gaga" a décroché de nombreuses distinctions (dont prix du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice dans un second rôle, du meilleur scénario, du meilleur long métrage fiction et du meilleur montage) lors d'événements de prestige tels les Golden Horse Awards, les Taiwan Film Critics Society Awards, les Taipei Film Awards et le Festival international du film de Singapour.

Le film dresse le portrait d'une communauté atayal, dans le village de Nanshan (Taïwan). Il décrit notamment le choc des valeurs au sein d'un foyer multigénérationnel, déclenché par une élection locale et l'arrivée de cultures étrangères, cela tout en mettant en lumière la chaleur et les liens indéfectibles qui unissent les membres de la famille. Le titre du film est d'ailleurs un terme atayal désignant "l'éthique et les traditions ancestrales claniques, transmises de génération en génération". L'œuvre a profondément touché le public, suscitant une empathie universelle devant l'importance des liens familiaux et des traditions. Une cinématographie raffinée, aux côtés d'un style narratif captivant et d'une bande-son mémorable, ont ému jusqu'aux larmes, apportant une conclusion parfaite à ce festin printanier mêlant harmonieusement poésie, gastronomie et cinéma.

 

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