"Éradiquer le « virus » conspirationniste ?" - Découvrez le Billet de Julien Cueille


   Julien Cueille est professeur agrégé de philosophie,
   docteur en études psychanalytiques. Le confinement
   et son prolongement sont autant de décisions qui
   alimentent une fois de plus la thèse complotiste.
   Analyse.
  
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Dès le début de l’épidémie, les hypothèses conspirationnistes ont fleuri, comme c’est le cas désormais à chaque événement exceptionnel. Qui  n’a pas lu ou entendu cette phrase « on nous cache quelque chose », sans que les auteurs soient en mesure d’étayer leurs soupçons ?

Parmi les complotistes, certains ont sans nul doute des intentions malveillantes et affichent une idéologie visant une population particulière (anti-américaine, antisémite, etc.). Dans l’écrasante majorité des cas toutefois, il ne s’agit peut-être pas d’une véritable bataille d’idées, mais plutôt d’une attitude vaguement contestataire ou d’une méfiance diffuse envers ce qui représente aujourd’hui la première source de pouvoir : l’information.

Ce qui est remarquable, c’est que le conspirationnisme est présenté par les experts comme étant lui-même un virus (l’OMS elle-même parle d’« infodémie » et a recours à des spécialistes en communication pour l’« éradiquer »). Rien de neuf : cette métaphore est constante dans les discours institutionnels. Elle suppose toutefois de faire abstraction des personnes, vues comme de simples porteurs d’idées malsaines et dont on répète qu’elles proviennent, en majorité, des catégories sociales défavorisées. Or, c’est justement là que réside le paradoxe. Ce déni, entendu comme un mépris de la part des détenteurs du savoir, n’a-t-il pas pour effet de conforter les amateurs d’« infox » dans leur posture ?

Les hypothèses les plus délirantes (ce serait un coup de l’Institut Pasteur, ou de Bill Gates…) doivent-elles être combattues sur le terrain argumentatif ? Ou ne doivent-elles pas être plutôt comprises comme symptomatiques d’un malentendu abyssal entre le public et les élites, et d’un compte à régler avec  le « père » ? Elles seraient peut-être une réponse, évidemment aberrante, au langage inaudible des gestionnaires, de la part d’un « peuple » à la recherche d’ un « opium »…

Car au lieu de pointer des défaillances réelles, et de s’engager dans un véritable débat politique, les théories du complot se réfugient dans des fictions d’allure faussement paranoïaque. Mais à leur façon, elles ne sont peut-être qu’une nouvelle version de la célèbre grimace qu’un fameux étudiant, en Mai 68, opposait aux CRS… Autres temps, autres mœurs : mais le mythe garde ses droits, au prix d’une bien triste mascarade.

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