Marie-Christine Cabié, Pierre Delion, Jean-Pierre Lebrun, Serge Lesourd


le 1 janv. 2009

Les éditions érès ont décidé cette année d’ouvrir une collection de livres de poche pour permettre à des ouvrages devenus
« des classiques » dans leur champ de toucher de nouveaux lecteurs.

 

Une première vague de 4 volumes sera disponible en février 2009 :

  • Serge Lesourd, Adolescences… Rencontre du féminin
  • Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limite suivi de Malaise dans la subjectivation
  • Pierre Delion, Séminaire sur l’autisme et la psychose infantile
  • Jay Haley, Stratégies de la psychothérapie

 

 

E n t r e t i e n


Ces quatre titres ont en quelque sorte balisé leur domaine, ouvert des voies théoriques et/ou pratiques, contribué à former des étudiants et des professionnels, initié des débats… J’ai eu envie de demander à chacun des auteurs (Jay Haley étant décédé, j’ai sollicité Marie-Christine Cabié, directrice de la collection Relations) de répondre à quelques questions :

  1.  Quelle a été votre réaction à la perspective de rééditer votre travail en poche ?
  2.  Quelle place occupe cet ouvrage dans votre itinéraire d’enseignant, de psychanalyste, de psychiatre ?
  3.  Quelle est son actualité, plusieurs années après sa parution ?
  4.  A quels lecteurs nouveaux pourrait être utile cette édition ?


Jean-Pierre Lebrun

1. J’en ai évidemment été très heureux et honoré ! Que dire de plus que de souhaiter aux éditions érès de pouvoir, dans un futur proche, mettre et remettre en circulation des ouvrages qui ont déjà une première vie dans l’édition et qui voient ainsi s’ouvrir une seconde.

2. Un monde sans limite a été mon ouvrage princeps en quelque sorte même s’il est venu après celui que j’ai écrit sur la médecine intitulé De la maladie médicale. Princeps parce que premier ouvrage édité en France et aussi parce qu’il inaugurait une question qui ne m’a plus jamais lâchée, celle des rapports entre la subjectivité et le social.

3. Son actualité reste plus que jamais vivante car depuis sa parution en 1997, il n’a pas cessé d’être vendu et lu – fait étonnant – et surtout il n’a pas cessé de servir d’ouvrage de référence sur cette question, même s’il est décrié par certains collègues. Indiscutablement, il porte avec lui une question actuelle, plus que
jamais actuelle, d’ailleurs, celle de savoir quel lien existe entre la construction de la subjectivité et le monde néolibéral dans lequel nous vivons. Et la psychanalyse ne peut éluder la question de savoir si, pour l’inconscient et le transfert, Paris en 2000 est identique à Vienne en 1900.

4. Le sujet même de l’ouvrage se propose, voire s’impose, aux jeunes collègues et futurs collègues dont la plupart auront à inventer la place nouvelle qu’ils vont donner à la psychanalyse… : comment vont-ils pouvoir s’adosser à cette discipline pour soutenir leur clinique au quotidien qui ne sera pas nécessairement celle de la cure ?


Pierre Delion

1. Beaucoup de gens me disaient qu’ils souhaitaient lire cet ouvrage mais qu’il était épuisé : j’ai trouvé que c’était là une réponse sympa d’érès. Puis c’est le signe que le livre devient un petit objet qu’on peut avoir dans sa poche… psychique, c’est-à-dire qui va pouvoir servir à réfléchir avec l’auteur à des questions qu’on ne peut pas penser tout seul. Je me rends compte que c’est une manière d’être au plus proche des praticiens de l’autisme et de la psychose infantiles, et je propose de l’appeler un « livre de proche ».

2. Quand Michel Minard m’a appelé pour me dire qu’il prenait mon manuscrit dans la collection qu’il dirigeait et dirige encore avec Patrick Faugeras, « Des travaux et des jours », cela m’a fait bien plaisir, non pas pour mon narcissisme défaillant (il l’est encore) mais parce que l’enseignement que je faisais à Angers sous la forme d’un séminaire mensuel était bien suivi par des soignants de la région Ouest ; il commençait à être diffusé par différents canaux artisanaux, et l’annonce de ce livre a démultiplié la diffusion de mes idées. A cette époque, je tenais déjà des propos rassembleurs sur l’autisme et la psychose, avant d’être la cible de certains parents désinformés, notamment sur le packing, mais aussi sur les approches psychothérapiques institutionnelles. Aujourd’hui, dans l’état de la psychiatrie contemporaine, menacée de régression invraisemblable par les chantres d’un pouvoir démagogique et sécuritaire, cette question de l’autisme avec la psychose infantile, et pas sans elle, reste une préoccupation majeure. Le psychiatre d’enfant que je suis, de formation psychanalytique et qui le revendique, l’enseignant que je suis devenu depuis peu oivent indiquer quelles sont les limites de leurs interventions en matière de troubles envahissants du développement, mais aussi rappeler quels en sont les devoirs.

3. Cet ouvrage est pour moi une balise dans ce travail d’élucidation de la complexité. Bien sûr qu’il est imparfait et comporte quelques naïvetés que je n’écrirais plus aujourd’hui de la même manière, mais c’est un bilan d’étape, et à ce titre, je le revendique haut et fort comme un moment important dans mon élaboration personnelle ainsi qu’avec mes collègues et amis de l’époque angevine. Dans la nouvelle préface que Marie-Françoise m’a proposé de rédiger pour cette édition en poche, je souligne que ce qui a changé, c’est surtout la possibilité, voire la nécessité, d’intégrer désormais le champ des neurosciences, sans idéalisation, mais aussi ans craintes. Le livre de Gerald Edelman sur la biologie de la conscience, celui d’Eric Kandel sur ses recherches en matière de mémoire paraphrasant Bergson !), et bien d’autres, m’ont confirmé dans ce souci de rendre accessibles au plus grand nombre les avancées en question dans la mesure où, plutôt que de nous mettre en demeure de choisir notre camp, il apparaît passionnant de s’atteler à la tâche de rendre compatibles les complémentarités entre psychopathologie de l’enfant et neurosciences.

4. A tous ceux qui, loin des prises d’otage intellectuelles par internet interposé, ont vraiment envie de voir ce qu’un psychiatre soucieux de rendre compte de sa pratique et de ses tentatives, certes maladroites, de éorisation peut dire de son travail en équipe autour de ces notions complexes d’autisme et de psychose infantiles. De plus, maintenant que j’enseigne à la faculté de médecine, il me paraît utile que les étudiants en médecine, mais aussi en psychologie, en orthophonie, en psychomotricité, et tous les apprentis « psys » puissent disposer d’un ouvrage qui se démarque des réductions du style « DSM », prétendument
athéorique. Nous avons plus que jamais besoin d’une réflexion psychopathologique pour penser les relations transférentielles dans le soin : c’est précisément ce que j’essaye de travailler dans ces quelques pages.


Serge Lesourd

1. La parution d’un livre dans une collection de poche est un réel plaisir pour un auteur, encore plus quand il est devenu entretemps enseignant, comme c’est mon cas. Le livre de poche reste, malgré la diffusion électronique, le seul moyen de toucher un large public, surtout un public étudiant souvent désargenté. J’ai fait toute une partie de mes études, et des mes recherches, en guettant la parution, en collection de poche, d’ouvrages fondamentaux dans leurs disciplines que ma situation d’étudiant ne me permettait pas d’acquérir dans l’édition originale. Certes je pouvais les lire grâce aux bibliothèques, mais le plaisir de la consultation permanente était alors absent. L’initiative d’érès, de reprendre certains des ouvrages de son fonds en poche, m’apparaît une aide précieuse à la pensée, bien dans la ligne de la maison d’éditions que je fréquente amicalement et professionnellement depuis sa création.

2. Adolescences… Rencontre du féminin est mon premier livre personnel. Il prend appui sur 20 ans de pratique avec des adolescents difficiles dans un monde en mutation, et c’est lui qui m’a ouvert les portes de l’université et de l’enseignement. C’est après sa publication qu’un collègue, professeur des universités, est venu me chercher pour faire une thèse, car mes travaux l’ont intéressé. Il est pour moi un ouvrage clef dans mon parcours de psychanalyste
et de professeur des universités, celui qui pose les bases d’une pensée.

3. Adolescences… Rencontre du féminin reste un ouvrage actuel pour comprendre les enjeux de la construction psychique des adolescents dans le monde contemporain. D’autres travaux sont parus depuis, qui précisent certains points de cette difficile période, mais avec quelques autres, il est un des premiers ouvrages à avoir posé la conception moderne des processus psychiques de l’adolescence, et relancé la réflexion sur les rapports de la construction psychique et du lien social. Dans le cadre des études universitaires, il sert de référence à de nombreux étudiants et à de nombreux chercheurs dans leurs travaux sur l’adolescence contemporaine.

4. En premier lieu, je pense bien sûr aux étudiants en sciences humaines ; mais au-delà de ce public naturel des éditions érès, la parution en poche de cet ouvrage devrait toucher un public plus vaste, préoccupé par la vie quotidienne avec des adolescents dans un monde où les repères classiques sont remis en cause.

 

Marie-Christine Cabié nous parle de l’ouvrage de Jay Haley,
Stratégies de la psychothérapie.

Stratégies de la psychothérapie est le premier ouvrage de Jay Haley paru sous le titre de Strategies of psychotherapy en 1963 (Norwalk,CT: Crown House Publishing Ltd.) et en français en 1992 (Editions érès).

La réédition de son travail en poche est une chance pour un public plus large d’avoir accès aux travaux de ce pionnier des thérapies systémiques brèves et familiales dont il a éveloppé le courant stratégique. Elle constitue une véritable reconnaissance de son apport dans le domaine de la psychothérapie. Jay Haley a travaillé avec Gregory Bateson au sein du premier groupe du MRI de Palo Alto ainsi qu’avec Milton Erickson, avant de rejoindre des thérapeutes familiaux comme Salvador Minuchin, Chloé Madanès ; il occupe une place fondamentale dans l’évolution du courant systémique. Stratégies de la psychothérapie illustre sa première contribution, révolutionnaire à l’époque. Cet ouvrage, utile à toute personne s’intéressant à la psychothérapie et à la communication, développe les idées de base du courant stratégique et de la résolution de problèmes. Son intérêt est à la fois historique, théorique et pragmatique…

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