Nommer les objets, les êtres et les phénomènes naturels semble bien avoir été, et être encore, une des premières préoccupations cognitives, socialement partagée, de l’homo sapiens conduisant à l’apparition d’un langage parlé qu’il entreprit ensuite d’écrire.
Ce souci de nomination s’accompagna très tôt d’une propension à classer ce qu’il avait nommé, et l’archéologue Alain Testard estimait qu’avant même l’invention de l’écriture, « la classification selon les espèces est au fondement de tout l’art pariétal paléolithique. » C’est cette pensée classificatoire qui s’exprime plus tard dans les listes lexicales de Mésopotamie classant les signes cunéiformes de l’écriture elle-même, puis les mots comme représentation de la réalité,

C’est ainsi que, dès les premières pages du Pentateuque de la Genèse, apparaît clairement le besoin de hiérarchiser les êtres vivants « chacun selon son espèce » et la distinction entre les espèces pures et celles qui ne le sont pas. Dans tous les domaines de la connaissance, les humains accroîtront sans cesse, au fur et à mesure de leur besoin, leurs stocks de mots, quitte à créer des jargons scientifiques, philosophiques et techniques rendant parfois hermétiques leurs propos aux étrangers à ces domaines, de nouvelles hiérarchisations entre ceux qui comprennent et ceux qui ne comprennent pas. Cette tendance fondamentale à passer de la nomination à la classification, et de la classification à la hiérarchisation prendra forme au fur et à mesure de l’évolution humaine, en passant par les classifications de Linné et le darwinisme social de Spencer, jusqu’à ces redoutables applications concrètes encore très actuelles que sont, après la nomination et la classification des races, leur hiérarchisation raciste.

 

Prix
Papier - 20.00 €
Détails
Parution : 4 novembre 2021
EAN : 9782749272078
sud/nord - folies et cultures
1/2021
Thème : Santé mentale