Lacan rappelait que « l’analyste est celui qui est capable de penser ce qu’il fait ». L’axe d’une analyse est le transfert supporté par la présence réelle de l’analyste auquel l’analysant, grâce à l’amour de transfert, suppose un savoir sur son être. Le transfert est une tromperie qui tombe juste, il est l’envers d’une manipulation ou d’une emprise, pas de surmoi, ni de sadisme caché.
Il y a un savoir-faire avec le transfert que l’analyste doit donc penser y compris dans sa geste « cruelle ». Si l’analyste est à la bonne place, c’est-à-dire décalé de l’empathie de l’axe imaginaire, sans l’abus du pouvoir que permet le symbolique – et s’il a
lui-même aperçu sa propre méchanceté, il sera en mesure de supporter la cruauté de son acte qui concerne son tranchant et non l’analyste. Supporter d’activer à bon escient cette part cruelle, sans s’effrayer, vise à dénuder le réel.
Encore faut-il s’entendre sur la cruauté qui n’est pas la férocité. Le fait de faire souffrir est habituellement considéré comme cruel ; mais permettre à un analysant de rencontrer sa propre méchanceté n’a pas de prix car sans cet aperçu, elle n’en resterait pas moins active.