Gary Lawless, éditeur, libraire et gardien de l'héritage littéraire, se souvient que, alors qu'il vivait avec Gary Snyder dans les montagnes de la Sierra Nevada au milieu des années 1970, le célèbre poète et les gens qui l'entouraient s'enthousiasmaient pour l'idée d'une politique des bassins versants et du biorégionalisme "et essayaient de trouver la meilleure façon de vivre sur place tout en faisant le moins de mal possible à l'ensemble de l'écosystème".
Pour ce faire, il faut tout apprendre, dans "un processus qui ne s'arrête jamais". L'idée, explique Lawless, est que plus on apprend de ces autres systèmes, mieux on peut y vivre "en les soutenant plutôt qu'en en faisant fi". La librairie Gulf of Maine, qu'il a lancée avec sa femme Beth Leonard à Brunswick en 1979, est née de ce concept, en hommage à cette vaste étendue d'eau qui s'étend du Canada au Massachusetts.
Le Whole Earth Catalogue a commencé à promouvoir l'idée du ré-ensauvagement, comme l'ont fait de nombreux écrivains à l'époque. "On commence à se rendre compte du mal qui a été fait à d'autres espèces", dit Lawless. Il fait bon accueil à l'idée d'essayer d'encourager et d'améliorer d'autres espèces, "même s'il ne s'agit que de planter de l'asclépiade pour les papillons".
Il cite le cas de personnes qui, à Portland, replantent des herbiers de zostères. Il salue également ceux qui suppriment les barrages et luttent contre les espèces envahissantes – dont la pire est l'homme, souligne-t-il.
Lawless prête sa voix et sa poésie à un certain nombre de causes dans le Maine. En octobre, il a lu ses poèmes lors de la réunion annuelle d'un groupe s'opposant au projet des Nordic Aquafarms de saumon à Belfast. "Ils ont fait ça comme un service religieux", se souvient-il, ses poèmes sur "l'intégrité et l'esprit écologiques" remplaçant les hymnes entre les différents rapports. Les efforts du groupe ont porté leurs fruits : Nordic Aquafarms a abandonné ses projets en février dernier.
Ayant grandi à Belfast, Lawless était bien placé pour connaître l'impact de l'industrie sur l'environnement. Deux abattoirs de volailles et une usine de sardines polluaient le port. Lorsqu'il posa la question "Te souviens-tu de ta première île ?" à son cousin Jimmy, ce compagnon d'enfance a répondu : "La première île que nous avons vue c'était l'île d'entrailles de poulets dans la baie".
En raison de la pollution et de l'odeur, personne ne se baignait dans le port et il y avait peu de bateaux de plaisance, car "ils seraient partis en enfer tout de suite". Sans traitement des eaux, les effluents se déversaient directement dans l'eau, ce qui, ajoute Lawless, "rendait la pêche formidable : les maquereaux, les raies – il y avait beaucoup de poissons là-dedans –, ainsi que des charognards et des mouettes".
Lawless se souvient d'avoir, lorsqu'il était jeune, campé sur l'île Sears avec les scouts tout au long de l'année. Il aimait se sentir à l'écart du monde lorsqu'il était sur l'île. C'était un endroit spécial.
Et c'est resté le cas pour Gary Lawless, qui s'est battu contre le projet d'aménagement d'un port en vue de la fabrication, de l'assemblage et du déploiement d'éoliennes offshore flottantes. L'idée le contrarie, car il existe un site en face, à Mack Point, qui pourrait servir à cette fin. "C'est ce qui me tue, dit-il, c'est que tout est prêt !
Dans la vie de Lawless, c'était le quatrième accrochage à propos de l'île de Sears. Les propositions allaient d'une fonderie d'aluminium et une raffinerie de pétrole, à une centrale nucléaire et un port de gaz naturel liquéfié. Lorsque le gouverneur Angus King a proposé un port à conteneurs, Lawless lui a envoyé chaque jour, pendant plusieurs semaines, un poème sur les zostères. Lorsque le projet est tombé à l'eau, King a rejeté la faute sur les zostères.
Lawless reste du côté des zostères.
"Pourquoi ne pas sauver et protéger les zostères au lieu de se lamenter sur leur disparition ?", demande-t-il. Il cite des études réalisées par les Amis de la baie de Casco, qui montrent que cette importante pépinière pour les créatures marines est en train de se raréfier. Il souligne également l'importance de Sears Island pour les tribus Penobscot et Passamaquoddy, qui y ont fait un pèlerinage l'année dernière.
Gary Lawless s'est plongé dans la poésie contemporaine lorsqu'il était étudiant au Colby College, au début des années 1970 – une époque tumultueuse où les manifestations pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam battaient leur plein. Il a découvert la Bern Porter Collection, un extraordinaire ensemble d'écrivains d'avant-garde créé par l'écrivain, poète et autoproclamé "recrue du projet Manhattan"– diplômé de la promotion 35 de Colby.
Lawless connaissait déjà Porter. Adolescent à Belfast, lui et ses amis avaient été sommés de ne pas fréquenter "l'excentrique local", ce qu'ils ont bien sûr fait. Il se souvient que Porter lui avait dit que les deux personnes du Maine qu'il devait connaître étaient l'architecte visionnaire Buckminster Fuller et le psychanalyste Wilhem Reich. Par la suite, il a entendu Fuller parler à Camden et a visité le musée Reich à Rangeley.
À Colby, Lawless se plongea dans la poésie contemporaine tout en se spécialisant dans les études japonaises. Il découvrit Theodore Enslin, qui vivait à Temple (et plus tard à Milbridge) et Gary Snyder, déjà cité. Il créa un groupe d'étudiants et obtint des fonds pour les faire venir ainsi que d'autres poètes à l'université.
Lors de la visite de Snyder, Lawless lui avait dit qu'après l'université, il préférait se rendre sur la côte ouest et devenir son apprenti plutôt que de faire des études supérieures. Le poète plus âgé lui dit de venir s'il était toujours décidé lorsqu'il serait diplômé – et c'est ce qu'il fit, passant directement de Waterville aux contreforts des montagnes de la Sierra Nevada en 1973. Par l'intermédiaire de Snyder, il rencontra de nombreux écrivains célèbres ainsi que des activistes politiques tels que Jerry Brown et Daniel Ellsberg.
Lawless se souvient également d'avoir fait venir à Colby les gourous Helen et Scott Nearing, adeptes du retour à la terre, pour donner des conférences. Le couple apporta ses propres bols, fourchettes et couteaux en bois et refusa de manger de la nourriture institutionnelle – "Nous avons dû trouver des légumes", se souvient-il, ajoutant : "En tout cas ce fut une visite intéressante".
Plus tard, Lawless s'occupa du fonds de livres d'Helen Nearing avec les musiciens Gordon Bok et Paul Winter. On les chargea de s'occuper de la bibliothèque, qui souffrait de l'humidité. Ils finirent par réunir l'argent nécessaire pour envoyer les livres à l'université du Maine afin qu'ils soient nettoyés.
"C'était génial parce qu'on pouvait voir ce que les Nearings lisaient", se souvient-il. "Ils avaient une étagère entière de livres sur les ovnis".
Peu de temps après avoir ouvert la librairie Gulf of Maine, Lawless et Leonard se lièrent d'amitié avec l'écrivaine Kate Barnes, qui était une cliente régulière. En 1987, la future première poète officielle du Maine demanda aux libraires s'ils pouvaient envisager de prendre en charge la gestion de sa maison familiale, Chimney Farm, à Nobleboro. Ils acceptèrent et y vivent depuis lors.
Surplombant le lac Damariscotta, cette confortable demeure, inscrite au Registre national des lieux historiques en 2007, abritait autrefois les parents de Barne, la poétesse, essayiste et auteure de livres pour enfants Elizabet Coatsworth et Henri Beston, l'un des plus célèbres écrivains naturalistes du siècle dernier.
La propriété de Chimney Farm tire son nom des cinq cheminées de la maison. Aujourd'hui, des poêles à bois alimentent trois d'entre elles, réchauffant la cuisine, la salle à manger et le salon.
Lorsque Coatsworth et Beston vivaient ici, il n'y avait ni électricité ni plomberie. Aujourd'hui, un ensemble de panneaux solaires se trouve à proximité.
Au début, le couple s'occupait des chevaux de Barnes, sept à l'époque. Peu à peu, elle les vendit, principalement à des fermiers amish qui préféraient la race qu'elle possédait.
Finalement, Barnes n'eut plus qu'un seul cheval, pour tirer son traîneau et sa calèche. Pensant que le cheval pouvait souffrir de solitude, Lawless et Leonard adoptèrent deux ânes pour lui tenir compagnie. Puis ces trois créatures à sabots finir par disparaître, mais le couple n'a jamais perdu son amour des équidés domestiques. Aujourd'hui, ils s'occupent de deux ânes, Clémentine et Mavis, qu'ils ont trouvés chez Save Your Ass Long Ear Rescue dans le New Hampshire.
Lawless et Leonard prennent également soin des documents littéraires trouvés à Chimney Farm, dont une grande partie est aujourd'hui conservée dans la Maine Women Writers Collection à l'université de Nouvelle-Angleterre, à Portland. Parmi les trésors qu'ils ont découverts figure un paquet de lettres accompagnées de photographies envoyées à Coatsworth et Beston par Rachel Carson, auteure de Silent Spring.
Lawless note qu'ils n'ont pas encore fini de trier les papiers. "Kate disait toujours que la culture principale de la ferme étaient les mots", dit-il.
À part les excursions scouts à Sears Island, Lawless ne se rendit qu'occasionnellement dans l'archipel de la baie de Penobscot. Le père d'un ami, capitaine de remorqueur, l'a invité une fois à aller à la rencontre du navire de l'Académie maritime du Maine qui revenait de sa croisière mondiale. Ils le remorquèrent jusque dans Castine, ce qui fut très amusant.
D'autres excursions en bateau furent le fait de l'artiste Bryce Muir (1946-2005), qui invitait parfois Lawless à naviguer dans la baie de Merrymeeting. Renommé en tant que fabricant de jouets et sculpteur sur bois qui faisait aussi des ornements de pelouse fantaisistes (dont une réplique grandeur nature de la Christina d'Andrew Wyeth), Muir réunissait un groupe d'amis pour une journée de "yarting" – création artistique sur un yacht – dans la baie à bord du Toad, qu'il avait construit lui-même.
Ancrés au large de l'une des nombreuses îles – Bonsai, Eagle, Brick, Sturgeon, etc. – les invités peignaient et dessinaient pendant que Muir jouait de la flûte ou que les poètes lisaient des poèmes. Les membres de ce groupe de "yartistes", qui comprenait Pam Burr Smith, Carlo Pittore, Natasha Mayers, Katherine Bradford et Stephen Petroff, sont devenus les fondateurs de l'Union of Maine Visual Artists (Union des artistes visuels du Maine). Le site web Brycemuir.com comprend une section consacrée à ces voyages.
Pendant trois étés, la librairie Gulf of Maine parraina une excursion en bateau à Ragged Island au large de Harpswell, l'ancienne résidence de la poétesse Edna St. Vincent Millay et de son mari, Eugen Boissevain. Dirigé par Ramona Barth, une passionnée de Millay, le bateau faisant le tour de l'île privée pendant qu'une actrice récitait ses poèmes. Le jour des poètes, ils avaient trouvé sur l'île un panneau sur l'île indiquant que les costumes de bain étaient interdits – et, note Lawless en riant, des pêcheurs de homards remontant des casiers à proximité.
Il participa aux lectures annuelles organisées à l'occasion de l'anniversaire de Millay au musée Farnsworth et donna des conférences sur la vie de celle-ci à Ragged Island. On peut l'entendre lire son poème " Objecteur de conscience" sur la page Facebook des Amis de la Maison de Millay.
En tant que vétérans de l'industrie du livre – ils gèrent leur librairie indépendante depuis 46 ans –, Lawless et Leonard ont mis au point une approche de la vente de livres qui consiste à apprendre à connaître les centres d'intérêt de leurs clients et à engager la conversation avec eux.
Ils ont été témoins de changements survenus dans le secteur du livre. La chaîne de librairies Bookland et Borders a fait faillite, tandis que Barnes & Noble et Sherman's a tenu bon. Ils s'estiment chanceux d'être situés au cœur d'une ville universitaire. "Au début, nous étions la librairie hippie bizarre et funky", se souvient Lawless, "ce qui nous convenait très bien". Même si leur offre s'est élargie, il y a encore des livres qu'ils ne proposent pas.
Depuis près de 40 ans, le couple vend des livres chaque automne à la foire de Common Ground. La première année, la foire accueillit environ 500 visiteurs sur trois jours ; l'année dernière, il y en a eu environ 64 000. "Nous pensions que, peut-être, les hippies avaient gagné", dit Gary Lawless en souriant.
À un moment donné, la librairie installa un bureau annexe à Camp Kieve, où le célèbre poète Robert Bly organisa un festival de poésie d'une semaine chaque été pendant plusieurs années.
"Nous étions ouverts pendant deux heures tous les soirs et nous avons rencontré des gens incroyables", se souvient Lawless. Il se souvient d'une séance de dédicace avec Galway Kinnell, pour laquelle le poète demanda deux chaises face à face. "Chaque personne qui faisait la queue s'asseyait et parlait avec lui tandis qu'il signait, comme ça chaque personne se sentait vue".
Ils évitent Facebook, n'ont pas de site web et ne publient qu'occasionnellement sur leur compte Instagram et leur blog de poésie Gulf of Maine. Ils utilisent leur vitrine pour annoncer divers événements ou pour exprimer leur philosophie. "Faire de l'Amérique une étendue infinie de forêts anciennes sans frontières définies", peut-on lire sur une pancarte, en lettres capitales. Ils organisent des lectures, sur place et à l'extérieur, dont les récentes conférences de la graveuse Siri Beckman et pour la sortie du nouveau livre de Franklin Burrough, The View from Here : Reflections on the Deep North, the Wild East.
Lawless avait lancé Blackberry Books, une petite mais solide maison d'édition, avant de se lancer dans la vente de livres. Blackberry est le surnom que lui avait donné le fils du poète Gary Snyder, âgé de cinq ans, pour différencier les deux Gary.
L'idée de publier est née lorsque Lawless travaillait à Bookland avec le poète James Koller. Koller éditait le révolutionnaire Coyote's Journal, qui publiait un grand nombre des poètes les plus progressistes de l'époque, parmi lesquels Robert Creeley, Joanne Kyger, Charles Olson, Allen Ginsberg et Robert Duncan. C'est lui qui apprit à Lawless les ficelles du métier.
Après avoir commencé en 1974 avec de petites éditions limitées de poètes contemporains, Lawless se tourna finalement vers des écrivains du Maine, dont Kate Barnes, Sanford Phippen, Sylvester Pollet et Leo Connellan.
Beth Leonard, qui avait travaillé à la poste de Cushing pendant deux ans, y avait rencontré un certain nombre d'écrivains connus, dont Elizabet Ogilvie et Dorothy Simpson. Présenté à Simpson, Lawless finit par réimprimer son livre de 1960, The Maine Islands in Story and Legend.
En tant qu'éditeur, Lawless est surtout connu pour avoir fait revivre les écrits de Ruth Moore, l'auteure originaire de Gotts Island qui vécut à Bass Harbor pendant une grande partie de sa vie. Considérée comme "la seule réponse de la Nouvelle-Angleterre à Faulkner", Moore était tombée dans un semi-oubli car ses romans étaient épuisés et les éditeurs considéraient que son travail était trop régional.
Lawless la reprit, réimprimant une douzaine de livres au fil des ans jusqu'à ce qu'il cède les titres à Dean Lunt à Islandport Press. Pour sa promotion, il imprima des autocollants pour pare-chocs "J'ai lu Ruth Moore", qu'il offrait aux clients qui achetaient ses livres. La bibliothèque Fogler de l'université du Maine abrite la collection Gary Lawless d'ouvrages princeps appartenant à sa maison d'édition, à sa carrière littéraire et à sa librairie.
"Les romans de Moore préservent le langage d'une époque particulière", explique Lawless. En la lisant, il se souvient de sa grand-mère de Prospect, qui "parlait comme ça". Il est fier que les livres de Moore soient aujourd'hui enseignés dans les lycées et à l'université du Maine.
Lors de chacun des cinq voyages qu'il a effectués sur l'île de Sears l'été dernier, Gary Lawless a emporté des livres de Moore et les a ajoutés à la petite bibliothèque gratuite. "Ils ont toujours disparu quand j'arrive", rapporte-t-il, "donc quelqu'un les prend". Il pense que Moore en aurait été ravie.
Lors d'un voyage à l'île de Gotts il y a quelques années, Lawless rencontra John et Christina Gillis, qui passaient leurs étés dans l'ancienne maison de Moore. Il se rappelle une sombre visite : ce jour-là, un bateau devait arriver avec les cendres du fils du couple, décédé dans un accident d'avion en Afrique. "Ils étaient si généreux de passer du temps avec nous", se souvient-il, "mais peut-être que cela les a aidés à oublier ce qui devait être une journée vraiment très difficile".
Lors d'une autre visite sur l'île, Lawless et Leonard se sont joints à la philanthrope Elizabet Noyce et à un archéologue de l'État du Maine pour fouiller le monticule de coquillages que Moore avait commencé à étudier en tant qu'amateure. Il se souvient en riant que lui et sa femme se sont retrouvés sens dessus dessous dans un trou avec Noyce.
Lawless se consacre également à la poésie de son ami Nanao Sakaki (1923-2008). Il a édité et publié l'ensemble des poèmes de Sakaki et a contribué à faire imprimer des recueils de sa poésie en France, en Italie et au Brésil.
Lawless et Leonard ont accueilli le vénérable poète japonais à de nombreuses occasions et ils l'ont emmené aux championnats mondiaux de poésie poids lourd à Taos, au Nouveau-Mexique.
Un mois de mai, le couple a conduit Sakaki au nord de Terre-Neuve pour voir des icebergs. C'est au cours de ce voyage, qui comportait du camping d'hiver, qu'est né le « Caribouddhisme ».
"J'ai suggéré que nous devenions des caribouddhistes, errant avec les grands troupeaux, écoutant leurs histoires, goûtant la glace", a écrit Lawless. Cette nouvelle religion a inspiré son recueil de poèmes de 1998, Caribouddhism.
Ces dernières années, Lawless a réduit ses activités d'édition, fatigué d'avoir de gros cartons de livres et de payer pour un entrepôt "et tout le reste". Il note aussi que de nombreux imprimeurs qu'il utilisait ne sont plus en activité. Cela dit, il envisage de publier une nouvelle édition du recueil de poèmes de Sakaki. "Je ne veux pas que cet ouvrage soit épuisé de mon vivant".
Au fil des ans, Lawless a été écrivain en résidence dans plusieurs endroits éloignés du Maine. Il a passé un mois à Sitka, en Alaska, et une partie de l'été dans le parc national de l'Isle Royale, une île du lac Supérieur accessible en six heures de bateau. L'année où il s'y est rendu, le parc comptait 2 200 élans, environ 34 loups et moins de 100 personnes sur ses 45 miles de long.
La dernière résidence de Lawless l'a emmené à Venise pendant un mois en 2017, grâce à la Fondation Emily Harvey.
Les résidences, affirme Lawless, l'aident à réfléchir à de nouvelles choses loin de la routine quotidienne. Il se documente sur l'histoire naturelle du lieu et sur les poètes qui y ont vécu. "Cela me permet d'approfondir mes connaissances, je suppose, et puis je vieillis et j'oublie tout".
Une telle immersion débouche sur des écrits, en l'occurrence le dernier recueil de poèmes de Lawless, How the Stones Came to Venice (2021). Accompagné de photographies de Leonard, le livre présente les riffs du poète sur ses expériences vénitiennes, mais aussi son amour des carrières, qui remonte à la visite du magasin de son grand-père Lester Down, à Prospect, qui s'adressait aux carriers.
En 2017, Lawless a reçu la plus haute distinction du Maine Humanities Council, le Constance H. Carlson Public Humanities Prize, en l'honneur "de son travail qui apporte la poésie et le processus créatif aux habitants du Maine, de son engagement à aider les habitants du Maine de toutes origines à trouver leur voix, et de son ardent dévouement à l'environnement et à tous ceux qui l'habitent", comme l'indique la citation.
Gary Lawless a cherché à faire entrer la poésie dans la vie des populations défavorisées du Maine, notamment les anciens combattants, les mal-logés, les handicapés et les personnes déplacées. Il s'est rendu à Preble Street à Portland, au Vet Center à Lewiston et au Bates College pour travailler avec des Somaliens.
Depuis plus de 40 ans, Lawless est impliqué dans le centre d'art Spindleworks à Brunswick, qui aide les personnes souffrant de déficiences intellectuelles à mener "une vie pleine et inclusive dans les communautés qu'elles ont choisies, par le biais des arts". L'année dernière, il a publié les mémoires de l'un des membres de Spindleworks, la skieuse médaillée des Jeux paraolympiques et récemment intronisée au temple de la renommée des sports du Maine, Anna McDougal, de Wiscasset. "Elle dit qu'elle n'est pas atteinte du syndrome de Down", note Lawless, "elle est atteinte du syndrome de Up".
Gary Lawless aime se rendre dans ces communautés pour faire de la poésie, car nombre d'entre elles ne lisent ni n'écrivent l'anglais. "Je leur répète que la poésie est depuis longtemps un art oral – Homère ne savait soi-disant ni lire ni écrire". Cette année, il a jugé le concours Mount Ararat Poetry Out Loud. "Nous avions 13 enfants qui récitaient des poèmes et ils étaient tous enthousiastes, ce que j'aime voir", a-t-il déclaré.
En tant que bassiste des Leonard Girls, Lawless se produit lors de mariages, de Schooner Days et dans la prison historique de Wiscasset, où ils interprètent des chansons rock'n roll de prison et de pénitencier. Le groupe participe également aux promenades artistiques du vendredi soir à Brunswick, en se produisant devant Spindleworks. « Nous avons une danse de rue, parrainée par des adultes handicapés », explique Lawless.
Septuagénaires, les Leonard Girls ne se soucient pas d'être payées ou non. Nous voulons juste nous amuser", dit Lawless. On peut les voir jouer « Bony Maronie » sur You Tube.
« Je n'arrête pas de revenir à la baie de Penobscot », dit Lawless vers la fin de l'interview. « Je veux dire que c'est vraiment l'endroit auquel je me sens génétiquement lié ». Il évoque également avec fierté la servitude de conservation qu'il a mise en place avec Leonard pour préserver la propriété de Chimney Farm. Ils ont réussi à protéger pratiquement 400 des 6 000 pieds de rivage du lac Damariscotta. « Les huards sont heureux », dit-il.
Lawless perpétue la vision des anciens gestionnaires de Chimney Farm, en particulier Coatsworth. « Si les Américains veulent vraiment se sentir chez eux en Amérique », écrivait-elle, « cela doit se faire grâce au dévouement de nombreuses personnes pour de nombreux petits lieux profondément aimés ». Ces lieux, dit-elle, doivent être « chantés, peints et loués jusqu'à ce que chacun prenne la douceur de l'objet aimé depuis longtemps et devienne une part inconsciente de nous et nous d'eux ».
On peut entendre sa voix dans les exhortations qui figurent à la fin de Sears Island, que Gary Lawless a envoyées à ses amis au début de l'année : "Allez dans les îles. Marchez sur les sentiers, sur les plages. Faites-en l'expérience pour vous-même puis battez-vous pour sauver Sears Island". Pour le poète, cette île est "l'objet profondément aimé".
Gary LAWLESS est un poète largement publié, avec dix-huit recueils de poésie aux États-Unis et cinq en Italie, tous ayant pour thème commun l’intégrité et l’esprit écologiques. Avec sa femme Beth, ils sont propriétaires de la librairie Gulf of Maine Bookstore à Brunswick, dans le Maine (États-Unis), depuis trente-cinq ans. Ils animent également les éditions Blackberry Books.
Pour en savoir plus, consultez la page du blog de la collection P0&PSY en suivant ce lien.