Oui, l’appel de Pierre Delion et le courage dont il témoigne méritent d’être entendus et soutenus. S’indigner, certes ! Se révolter, oui mais encore !

  • Pour ma part, j’en suis encore à chercher à comprendre pourquoi la casse du service public, que ce soit l’hôpital, la protection de l’enfance ou le médico-social a été impulsée et s’est prolongée sous des gouvernements socialistes, dits de Gauche (1983, le tournant de la rigueur, puis le programme Jospin et l’impuissance de Hollande). Je peux comprendre que mon adversaire politique puisse menée une politique contraire à mes Idéaux mais je ne peux pas comprendre que « mon propre camp » puisse les trahir.
  • Pour ma part, j’en suis encore à chercher à comprendre comment la démolition du sanitaire et du social a été agie avec la complicité éclairées de nos propres instances dirigeantes. Cette volonté d’aller vers une post-démocratie, pour reprendre le terme de Pierre Delion, je l’ai entendue être exprimée lors d’assemblées générales par des dirigeants d’institution et personnalités de Gauche. La casse a d’autant plus été rendue opérante de l’extérieure par ce qu’il est convenu d’appeler le néolibéralisme qu’elle a bénéficié d’une collaboration active de l’intérieur. A la perte des moyens, soutenue du dehors, s’est ajoutée une perte de sens quant à la finalité de nos métiers, voulue du dendans.
  • Pour ma part, j’en suis encore à chercher à comprendre comment nous, acteurs de proximité, malgré nos engagements, nos écrits et tous les coups reçus, nous n’avons pas su ou pas pu endiguer cette vaste entreprise de démolition.

Je veux préciser ici que « chercher à comprendre » n’est pas pour moi une manœuvre dilatoire ou une stratégie d’évitement. Bien au contraire ! Il s’agit de bien repérer « à qui ? » et « à quoi ? » nous avons affaire au travers cette entreprise de démolition et ne pas se tromper de stratégie. A partir des réseaux sociaux, je constate aujourd’hui le cynisme avec lequel les grandes associations se retournent contre l’Etat et le gouvernement actuel pour réclamer les moyens nécessaires à la survie des métiers et du travail social. Alors que non seulement, elles ont activement participé à cette casse (à l’époque, elles sont venues nous dire à nous « salariés » comment il allait falloir apprendre à faire plus avec moins), mais alors et surtout qu’elles ont entre les main quelques leviers pour stopper dès à présent cette casse. Par exemple, et alors que la plupart d’entre-elles siègent au Nexem (syndicat employeur) elles pourraient d’ores et déjà affirmer cesser vouloir déconstruire les conventions collectives et porter le projet d’une convention collective unique, pourquoi pas, mais en hissant les conditions de travail et de rémunération à la hauteur de la complexité des métiers exercés. Elles pourraient d’ores et déjà acter la revalorisation statutaire et salariale des métiers de niveau 6 comme l’autorise les décrets. Elles pourraient d’ores et déjà renoncer à faire monter en première ligne des professionnels « peu diplômés » ; au lieu de cela, pas plus tard que mercredi dernier, j’entendais à la tribune un directeur général d’une grande association nationale conclure trois belles journées de travail sur la complexité de la relation éducative en affirmant les doutes quant au fait que celle-ci soit encore du ressort des éducs spés ou de tous professionnels de niveau 6 (nouvelle nomenclature). Ses dires laissant entendre que la place de ces derniers étaient ailleurs.

Une fois encore, j’insiste, je n’ai aucune intention à rester passif, à me satisfaire de la plainte et me complaire dans la résignation. Je cherche les leviers d’une reconstruction qui ne fasse ni table rase de l’ancien monde ni ne s’emploie à le rétablir. Je vois des possibles dans des micro-initiatives prises ici et là, sans doute moins isolées que dans une autre époque grâce aux technologies de communication actuelles ; certes, encore maintenues invisibles par un discours dominant jouant sur les peurs et les incertitudes. Ma volonté de « chercher à comprendre » doit me permettre de mieux porter ces possibles, à la fois intellectuellement et professionnellement.

Je soutiens l’appel de Pierre Delion à dénoncer sans faiblir cette démolition des services publiques. Je rallie le camp de tous ceux qui pensent et luttent en faveur du maintien de ce qui fait l’humain de l’homme dans un contexte de crise de civilisation, contexte dans lequel l’humanité est appelée à repenser son rapport à l’espace et au temps.


photo de Philippe GABERAN

Éducateur spécialisé et docteur en Sciences de l’éducation, Philippe Gaberan exerce aujourd’hui une activité de conseils, formations et soutiens aux équipes.


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