Entretien avec Marie-Odile Vincent
Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre : Marie-Odile Vincent, vous êtes directrice de l’EHPAD Jacques-Bonvoisin à Dieppe. Nous comptons maintenant à notre catalogue votre livre Fin de vie en EHPAD, parlons-en ? que vous avez publié en 2021 (rééd. en 2022) dans la collection « Avelines » des éditions Le Coudrier, devenue en 2025 une collection érès (cf. l’entretien avec Pascale Gayrard dans la Lettre érès 55). Ce livre a reçu plusieurs récompenses dont le prix Prescrire en 2022. Nous allons publier avec vous en mai 2026 une BD sur les droits de la personne en fin de vie, résidant en EHPAD que vous avez appelée MDR (mort rire, maison de retraite) et qui a connu une première vie en 2025. Ce travail que vous avez mené avec votre équipe et avec Nicolas Stérin, dessinateur dieppois bien connu, est très original. Sur un sujet grave et important, que nos parlementaires n’ont pas réussi à faire véritablement avancer, vous avez mis des mots (et des dessins) émouvants, drôles, mais surtout qui font mouche. Tous les questionnements humains, éthiques, pratiques, légaux, d’organisation… sont abordés avec profondeur et légèreté. Nous avons été séduits et nous avons décidé de vous aider à la diffuser ! Avant de nous parler de cette BD, pouvez-vous nous parler de votre itinéraire professionnel qui vous a conduite à diriger un EHPAD ?
Marie-Odile Vincent : Psychologue de formation initiale, j’ai mis de longues années à trouver une activité dans laquelle je me sens utile et à ma place. Service RH, centre de rééducation fonctionnelle, entreprise d’insertion, CCAS, j’ai travaillé dans différents milieux professionnels au gré de déménagements imposés par la vie. Mais je m’ennuyais… Soutenue par mon mari, j’ai repris des études pour passer mon CAFDES. C’est alors que j’ai découvert la vie foisonnante des EHPAD. J’ai eu l’opportunité de rejoindre Partage et Vie deux ans et demi plus tard. Avec l’équipe impliquée et très professionnelle de Jacques Bonvoisin, nous prenons plaisir à réaliser des projets qui nous permettent de réfléchir autrement nos missions, et de créer.
MFDS : Sur le site de la Fondation Partage et Vie, gestionnaire non lucratif de 137 établissements dont le vôtre, nous pouvons voir des vidéos qui montrent la vie quotidienne à l’EHPAD Jacques-Bonvoisin et le travail pluridisciplinaire qui y est à l’œuvre. Comment concevez-vous votre mission de directrice ?
MOV : Mon rôle premier est de soutenir les équipes qui travaillent auprès des résidents. Je suis en quelque sorte le service support de l’ensemble de mes équipes. Leur donner les moyens, le matériel, l’organisation, de bonnes conditions de travail est ma mission principale. Valoriser, informer, prendre soin, laisser à chacun la possibilité de prendre des initiatives et de contribuer à la vie de l’établissement est fondamental également. Tout en assurant les fondamentaux, je propose et accompagne aussi des projets nouveaux qui allègent le quotidien et apportent de l’énergie. C’est dans ce contexte que notre BD est née.
MFDS : Comment en êtes-vous venue à impulser la réflexion qui a donné lieu à la BD ?
MOV : Nous voulions donner aux résidents et à leurs familles l’envie d’anticiper les fins de vie. Nous cherchons en effet à ce que les résidents soient acteurs de leurs vie et fin de vie, au sein de notre résidence. Anticiper permet de faire savoir ce que l’on veut ou non. L’équipe et les proches peuvent alors respecter ces souhaits et même se préparer à la séparation. Cela offre de la clarté et de l’apaisement à tous. C’est Priscilla Gentil, psychologue, qui a eu l’idée de travailler ce sujet avec l’illustrateur Nicolas Sterin, avec qui nous avions partagé d’autres projets. Et j’ai aimé cette idée à l’instant où elle l’a prononcée.
MFDS : Pouvez-vous nous parler des personnages de la BD ? Quel était votre objectif en vous lançant dans l’aventure ?
MOV : J’ai exposé le projet à mon équipe et les personnes intéressées se sont manifestées. Très vite nous nous sommes mis d’accord sur le fait de raconter une histoire, plutôt que de réaliser des planches distinctes. Tout le monde aime qu’on lui raconte des histoires ! Prendre soin au quotidien étant notre métier, nous avons choisi de montrer comment nous accompagnons les fins de vie, en les considérant comme des périodes de vie comme les autres, collectivement, humainement. Une façon de dédramatiser la mort ! Les personnages de Jacques et Jacqueline étaient déjà nos mascottes (nous avons eu deux couples qui portaient ces prénoms). Nous y avons associé Gérard, le bon copain qui aime rire, ancré dans la vie locale, ancien pêcheur, et sa famille. La collaboration avec les familles est essentielle lors de la fin de vie des résidents. Lolo, l’infirmière, est le seul personnage réel. Nous avons la grande chance de la compter parmi nos effectifs.
MFDS : Quels usages, vous et vos collègues, faites-vous de ce document ?
MOV : Cette BD a plusieurs usages, comme les personnages nous l’annoncent en quatrième de couverture. Elle est à disposition des résidents… mais aussi des familles. À eux d’en faire ce que bon leur semble, selon le moment où ils la rencontrent. Elle est également à destination des équipes qui peuvent y trouver des informations juridiques et en extraire des sujets de réflexion. Le format BD en fait un objet ludique accessible aux plus jeunes. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles : surfer sur l’humour et la refermer vite ou s’interroger, saisir l’opportunité de la lecture d’une page ou plus avec son proche pour parler comme on ne l’a jamais fait, comme on n’osait pas le faire…
Enfance & parentalité
Gérontologie
Psychanalyse
Santé mentale
Société
Travail social & Handicap
Po&psy
Savoirs et savoir-faire en santé
Actualités de nos auteurs
La presse en parle
Entretiens avec nos auteurs
Tribune
Vidéos
Lundis d'érès