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Entretien avec Pascale Gayrard


 


Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre : Depuis janvier 2025, les éditions érès accueillent la collection « Avelines » initialement publiée par les éditions Le Coudrier et sa fondatrice, Pascale Gayrard. Leur arrivée dans notre catalogue nous a permis d’ouvrir une nouvelle rubrique « Savoirs et savoir faire en santé ». En effet, si les sujets abordés dans cette collection sont proches des thématiques explorées par érès, Pascale Gayrard, médecin spécialisée en santé publique, a le souci de répondre de façon pratique aux besoins des acteurs de santé et de leur fournir des outils. Pascale, peux-tu raconter à nos lecteurs ce qui t’a conduite à créer en 2010 ta maison d’édition et à proposer à érès de continuer l’aventure avec toi ?

Pascale Gayrard : J’ai créé les éditions Le Coudrier après avoir exercé la santé publique pendant plus de 20 ans dans plusieurs secteurs de la santé, un hôpital, une ville, un observatoire régional de la santé, une école nationale de formation… De toutes ces expériences et rencontres est née l’idée de livres destinés aux acteurs de santé (professionnels de la santé et du médicosocial, acteurs de prévention, usagers, établissements…) pour les aider dans leurs projets et dans leurs pratiques. Je les imaginais comme des livres de compagnonnage écrits par des professionnels de terrain. Je voulais aussi qu’ils soient fédérateurs, c’est-à-dire qu’ils s’adressent à tous ceux qui interviennent sur un sujet pour les aider à travailler ensemble. C’est pour réaliser ce projet que j’ai fondé le Coudrier. Après 15 ans de fonctionnement, j’ai souhaité consacrer mon temps à l’éditorial et au travail avec les auteurs. Il fallait pour cela pouvoir m’appuyer sur un éditeur que ma ligne pouvait intéresser et dont je partageais les valeurs. Quand une amie toulousaine m’a parlé d’érès et de ses actions de formation, j’ai compris que nos démarches étaient proches. Je me suis rendu compte que je connaissais des livres de la maison, notamment dans le domaine de la gériatrie et de la psychiatrie. De plus, l’indépendance et la taille humaine d’érès représentaient des atouts pour moi. Alors, j’ai pris contact. La suite, tu la connais… Merci à érès d’avoir bien voulu accueillir mes livres et ma ligne éditoriale.

MFDS : Quels ont été les débuts du Coudrier ? Si ta connaissance du monde médical (au sens large) te donnait une expertise sur le contenu, tu as dû te former sur le tas aux différents métiers de l’édi tion : direction littéraire, fabrication, commercialisation, promotion, gestion…

PG : Les débuts ont été à la fois difficiles et passionnants. Un éditeur doit savoir faire beaucoup de métiers, outre celui de chef d’entreprise. J’ai suivi des modules de formation continue sur chaque sujet. J’ai demandé des conseils à des éditeurs installés, et je me suis appuyée sur un comité éditorial et des partenaires pour la fabrication, la diffusion et la distribution. Je me suis lancée, j’ai tâtonné, je me suis trompée, j’ai recommencé. J’ai appris et ajusté mon projet au fil du temps. Heureusement que je n’avais pas mesuré toutes les difficultés auxquelles j’allais être confrontée. On n’imagine pas la complexité du métier que tu fais quand on est simple lecteur.

MFDS : Comment choisis-tu les sujets qui font l’objet de la collection « Avelines » ? Les auteurs que tu sollicites ou qui se rapprochent de toi n’ont pas forcément déjà publié de livres. Comment les choisis-tu ?

PG : Chaque livre a son histoire. Au départ, il y a toujours une problématique liée à la santé qui pourrait être améliorée par un partage d’expérience ou un apport de connaissance destinés aux acteurs. Par exemple, le dernier ouvrage que j’ai publié Rester soignant devant la mort dans le soin répond au manque de formation des professionnels de santé sur le sujet de la mort. Il leur donne les bases pour accompagner les patients qui vont mourir et leurs proches, et les encourage à la parole entre eux et avec ceux auprès de qui ils interviennent. Les auteurs que je sollicite sont des acteurs de terrain. Ils ont une bonne connaissance de leur sujet et ils ont envie de transmettre. La plupart n’ont pas écrit de livres. Ce qui m’importe est leur légitimité pour parler du sujet et leur motivation. Les projets naissent de notre accord sur le projet : à qui s’adresse le livre et pourquoi le réalise-t-on ? Que veut-on transmettre au lecteur ? Quelle approche va rendre le sujet parlant pour lui ? La réalisation est un travail d’équipe. Les auteurs apportent le contenu, je suis leur premier lecteur et je les accompagne dans l’écriture. Je sais peu de choses sur le sujet et je les questionne, leur demande d’illustrer ou de compléter si la compréhension est malaisée. Les auteurs du livre dont je parle plus haut sont toutes deux spécialisées en soins palliatifs, l’une est médecin cancérologue, la seconde est psychologue. Je les ai contactées par l’intermédiaire de la vice-présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs à qui j’avais parlé de ce projet. L’idée les a enthousiasmées. Elle était en phase avec des groupes de paroles qu’elles organisaient, et elles pensaient qu’un tel livre pouvait répondre au besoin de nombreux soignants. Un an après, le manuscrit était finalisé.

MFDS : Les volumes de la collection com portent tous 96 pages au format 11 x 16. Dans une mise en page optimisée, tu dois guider les auteurs pour qu’ils synthétisent leur expérience, leurs analyses et les outils qu’ils souhaitent partager. Comment procèdes-tu ?

PG : Le choix des 96 pages vient du peu de temps qu’ont les professionnels pour se former. Un livre de poche qui se lit en quelques heures et aborde les questions qu’ils se posent répond à leur besoin. Ils apprécient le fait que l’auteur sélectionne pour eux l’essentiel à savoir. Cela met une contrainte forte sur l’écriture, mais elle est bénéfique. Elle nous oblige à débarrasser le texte de ce qui est accessoire, en renvoyant si besoin vers d’autres sources.

MFDS : En septembre 2025 paraît le livre Troubles psychiques chez les jeunes - Intervenir tôt et donner de l’espoir qui est d’actualité si on pense à la grande cause nationale 2025 qu’est la santé mentale, et au plan psychiatrie présenté en juin qui consacre son premier axe au repérage et à l’intervention précoce. Peux-tu nous en parler ?

PG : Il y a plusieurs années que je voulais réaliser un livre sur l’intervention précoce en psychiatrie. Cette démarche change le pronostic des troubles psychiques débutants et la vie des jeunes pris en charge, et son efficacité est démontrée. Bien qu’elle se développe depuis plus de 20 ans en France, elle reste encore trop peu connue pour que tous ceux qui en ont besoin puissent en bénéficier. J’ai rencontré l’auteur, Aurélie Schandrin, au Congrès français de psychiatrie en 2023. Elle y présentait son expérience sur le sujet, de l’année qu’elle a passé en Australie auprès de l’équipe du professeur Patrick McGorry, un des précurseurs de la démarche, à la création de la Villa Orygen, le centre d’intervention précoce de Nîmes qu’elle dirige. Cette psychiatre spécialisée chez les jeunes adultes avait à cœur de diffuser cette démarche et un livre de la collection Avelines lui a paru un bon vecteur. Son livre s’adresse aussi bien aux professionnels de santé qu’aux intervenants auprès de jeunes. Il permet de comprendre l’intervention précoce en psychiatrie et son état d’esprit. De façon pratique, il explique comment repérer ceux qui peuvent en bénéficier, puis évaluer leur situation et les orienter. Illustré de situations de jeunes, il donne une idée concrète du parcours de soins et d’accompagnement. Enfin, en montrant ce qui peut être fait lorsque des troubles psychiques apparaissent, il aide à regarder différemment ceux qui en souffrent.

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