Guy Ausloos (1940-2023)


 

 

Guy Ausloos est décédé le 27 avril 2023, à l’âge de 82 ans, à Montréal où il s’était installé.

Il était bachelier en philosophie, pédopsychiatre spécialisé en thérapie familiale, professeur agrégé de clinique en psychiatrie, retraité de l’université de Montréal.

Belge d’origine, il avait d’abord exercé dans une institution pour jeunes délinquants en Suisse, à Chevrens. Il était ensuite parti au Québec où il avait travaillé dans des services d’hospitalisation pour adultes. Il y avait également créé un centre pour adolescents où il avait eu à cœur de permettre aux familles de séjourner le week-end.

Il avait largement contribué à développer et à diffuser le modèle systémique et la thérapie familiale dans le monde francophone.

Il avait été l’un des membres fondateurs de la revue Thérapie familiale et l’un de ses rédacteurs de 1980 à 2001. C’est au retour d’un congrès de thérapie familiale systémique à Zurich avec Yves Colas, que tous deux avaient imaginé la création de la revue Thérapie familiale et l’organisation des journées francophones de thérapie familiale systémique de Lyon.  

Il avait animé formations et supervisions, était intervenu dans de nombreux congrès et de nombreuses journées d’études. Ne pouvant se déplacer lors des dernières journées francophones de thérapie familiale systémique de Lyon en mai 2023, il avait malgré tout été présent à travers des vidéos qu’il avait enregistrées avec Stéphane Bujold pour cette occasion.

Son apport scientifique a marqué le monde systémique et ce dès le début des années 1970. Je ne rappellerai ici que quelques points.

Son livre La compétence des familles est une référence incontournable. Il est toujours d’actualité et toujours aussi riche en réflexions, en enseignements.

Pour lui, faire de la thérapie familiale consistait à créer un cadre dans lequel le thérapeute peut « activer le fonctionnement du système familial qui se trouve momentanément bloqué, pour que la famille puisse à nouveau utiliser les compétences dont elle dispose afin que surgisse l’imprévisible ».

Il faisait confiance aux familles et considérait que ces dernières font toujours de leur mieux et ont déjà tenté de nombreuses choses. À l’occasion des journées de Lyon, il avait partagé avec nous son histoire personnelle, évoquant son placement en sanatorium pendant plusieurs mois durant la guerre : il n’était pas malade mais ses parents n’avaient pas les moyens de nourrir toute la famille…

Il affirmait dès 1986 qu’il vaut mieux renforcer ce qui fonctionne qu’essayer de réparer les erreurs.

Il insistait sur le fait que le processus prévaut toujours sur le contenu. Le thérapeute ne doit pas confondre information pertinente et recueil de données. Une information pertinente est une information qui part de la famille et y revient, faisant une différence qui fait la différence.

Il mettait en garde les thérapeutes familiaux contre la facilité d’une causalité linéaire consistant à conclure, devant un désaccord des parents vis-à-vis de l’enfant qui amène en thérapie, que ce désaccord est à l’origine des troubles et qu’une thérapie de couple s’impose !

À l’occasion de la Covid 19, il nous rappelait que toute crise est une opportunité. Chaque crise, comporte une ou des propositions de changement. « À nous de les saisir et de devenir comme après ! »

J’ai eu la chance de rencontrer Guy dans différents contextes. J’ai toujours été impressionnée par son charisme, son intelligence pétillante, sa capacité de synthèse, sa créativité, la simplicité et la clarté avec lesquelles il exprimait ses idées. Il était également chaleureux, amical, soucieux de l’autre, se montrait toujours bienveillant et soutenant, et… souvent facétieux. Il fut et restera un ami.

Toutes mes condoléances et ma sympathie à son épouse, à ses enfants, à ses petits-enfants.

Marie-Christine Cabié

 

Photo : Droits réservés

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