Le sujet derrière la muraille

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Le sujet derrière la muraille

A propos de la question des deux langages dans la tradition chinoise

Rainier LANSELLE

Dans la collection :

Pour rendre compte d’elle-même, la civilisation chinoise a fait usage d’une langue écrite fortement codifiée et située très à l’écart de la langue naturelle. Le sujet, pris dans un tel langage, ne se dit pas, mais se trouve restitué selon un processus qui le retransforme en fonction de l’idéal dont ce code est porteur. A côté de cette langue, « classique », une deuxième langue, « vulgaire », a fini par prendre naissance, qui a visé, elle, à reproduire le langage parlé.

La tension entre ces deux modes jette indirectement une lumière sur les visées inconscientes de ce retravail de la réalité du sujet dont est porteuse l’entreprise idéographique : et s’il apparaissait qu’une déhiscence, qu’une fissure dans le système fermé place le sujet à l’abri de la muraille de la perfection reconstituée dans laquelle le code écrit rend compte de lui, mais dans le même temps le rend mutique ? Pris entre deux langages, le sujet ne s’est jamais dit, en Chine, comme sujet. Et pour cause : le système de langage dont il s’est doté a visé à le pourvoir en inviolabilité.

Il n’y a rien qui soit « autre », dans la civilisation chinoise, ou du moins il ne devrait rien y avoir de tel pour la psychanalyse. Tout au contraire, la Chine doit à son système linguistique et scripturaire unique au monde un riche patrimoine de métaphores, qu’il faut regarder comme autant de pierres de touche des processus de l’inconscient.

Rainier Lanselle est maître de conférences à l’Université de Paris VII-Denis Diderot, unité de formation et de recherche en langues et civilisations d’Asie orientale. Éditeur du volume Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois, paru dans La Pléiade. Membre de l’association « Psychanalyse en Chine ».


A propos de l'auteur

Détails
Parution : 21 mai 2004
EAN : 9782749203317
11.5x16, 120 pages
Fonds psychanalyse
Thème : Psychanalyse

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Résumé



Pour rendre compte d’elle-même, la civilisation chinoise a fait usage d’une langue écrite fortement codifiée et située très à l’écart de la langue naturelle. Le sujet, pris dans un tel langage, ne « se » dit pas, mais se trouve restitué selon un processus qui le retransforme en fonction de l’idéal dont ce code est porteur.

A côté de cette langue, « classique », une deuxième langue, « vulgaire », a fini par prendre naissance, qui a visé, elle, à reproduire le langage parlé. Pendant une longue période de son histoire – plus d’un millénaire – la Chine a ainsi connu, pour ce qui fut de son expression écrite, une situation de clivage unique, clivage dont l’une des deux facettes, celle qui était située du côté de la reproduction de l’oralité, s’est trouvée réservée à la consignation des récits romanesques et du théâtre.

La tension entre ces deux modes jette indirectement une lumière sur les visées inconscientes de ce retravail de la réalité du sujet dont est porteuse l’entreprise idéographique : et s’il apparaissait qu’une déhiscence, qu’une fissure pût apparaître dans le système fermé qui place le sujet à l’abri de la muraille de la perfection reconstituée dans laquelle le code écrit rend compte de lui, mais dans le même temps le rend mutique ? S’il se faisait que des brèches vinssent jeter le doute dans cette tentative de réécriture de l’histoire du sujet, brèches qui seraient occasionnées par quelque chose se situant au niveau de sa prise de parole ? Pris entre deux langages, le sujet ne s’est jamais dit, en Chine, comme sujet. Et pour cause : le système de langage dont il s’est doté a visé à le pourvoir en inviolabilité. Le thème de la muraille est une figure qui dit précisément la séparation, pour ce qui est du sujet, du savoir et de la vérité. Et la brèche, en servant d’image à ce qu’aurait de redoutable la perte de cette séparation, traduit le caractère inévitable de cette dernière.

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