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Trois voix à Minase

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Trois voix à Minase

SÔGI, SHÔHAKU, SÔCHÔ

Trois voix à Minase

renga (Japon XVe siècle)


Traduit par François MIGEOT

Trois voix à Minase : trois poètes, le « maître » Sôgi (1421-1502), reconnu comme le plus important de son époque, et deux de ses disciples, Shôhaku (1443-1527) et Sôchô (1448-1532), entreprennent, un jour de 1488, de composer un renga, qui restera à la postérité comme le modèle du genre.

Réunis – peut-être en plein air à l’ombre des arbres, peut-être dans le demi-jour d’une salle –, ils enchaînent à tour de rôle des waka, jusqu’à obtenir une séquence de cent versets répondant à l’esthétique typiquement japonaise du « monde flottant ».

Le sujet évoqué dans le renga n’a rien d’une essence, il n’est pas identique à lui-même ; il entre en composition avec le temps, tirant de sa rencontre avec le monde extérieur des contours éphémères. Il se réalise par éclipse, le temps d’un poème, dans l’impermanence même du mouvement : voyageur sans feu ni lieu - à l’instar de l’être - emporté par le cycle des saisons, l’écriture du sentier, la floraison des pruniers, leur splendeur fanée, et par les jeux de masque de la brume.


Le renga est un genre ancien de poésie japonaise. Populaire dès le moyen-âge, il atteint son apogée au XVe siècle. Il se caractérise par l’enchaînement de versets composés à tour de rôle par plusieurs poètes. Il s’est constitué à partir d’une des formes poétiques les plus anciennes et les plus répandues, le waka, composé de deux versets inégaux (le premier comportant trois unités de 5, 7 et 5 syllabes ; le second, deux unités de 7 et 7 syllabes, soit au total : 31 syllabes). Dès le VIIIe siècle, cette forme donne lieu à des poèmes collectifs, portant d’abord sur un seul waka (dans ce tan-renga ou renga court, un premier poète compose le verset initial, un second lui répond par le 2ème verset). Puis, à partir du XIIIe siècle, apparaît le renga long enchaînant plusieurs waka (plusieurs poètes composant tour à tour les premiers : 5, 7, 5, et les seconds versets : 5, 5) jusqu’à obtenir une séquence de cent versets, forme canonique du renga.

Les auteurs se réunissent sous la direction d’un poète confirmé, qui contrôle le respect des règles et l’unité de l’œuvre, laquelle risque en effet d’être mise à mal par la pluralité des voix. Le premier des cent versets suggère une perception de la réalité, souvent issue du paysage environnant, tandis que le second ouvre la voie à l’imaginaire. D’un verset à l’autre on doit trouver un lien et en même temps une ouverture nouvelle. Cette règle est fondamentale pour le renga qui refuse la répétition et s’inscrit dans une continuelle progression. Chaque verset est donc un poème à lui seul tout en participant à l’harmonie de l’œuvre collective. Le processus de création collective du renga, dans lequel chacun développe son imagination tout en suivant celle des autres, procure un plaisir esthétique et rejoint l’idéal poétique d’une beauté changeante qui intègre le flux du temps. Cette esthétique, caractéristique de l’art japonais et de sa représentation du « monde flottant », est en rapport avec une conception du sujet bien différente de ce que la philosophie occidentale, reprenant certains maîtres antiques, a souvent posé. Dans le renga, le sujet n’est pas une essence, il n’est pas identique à lui-même, il entre en composition avec le temps, il tire de sa rencontre avec le monde extérieur des contours éphémères. Il se réalise par éclipse, le temps d’un poème, dans l’impermanence même du mouvement. 

Ce n'est sans doute pas un hasard si l'énonciation anonyme des poèmes ici traduits évoque celle d'un voyageur sans feu ni lieu - à l'instar de l'être -, emporté par le cycle des saisons, l'écriture du sentier, l'esquisse d'une fumée interrogeant le ciel, par le tracé d'un fleuve, le souffle d'une voile, la floraison des pruniers, leur splendeur fanée, et par les jeux de masque de la brume. À travers ces allusions qui s'enchaînent de la façon la plus subtile, c'est toute la condition humaine inextricablement mêlée à son environnement proche ou lointain, prise dans la marche inexorable du temps qui est saisie, condensée en 250 vers rigoureusement métrés, modèle de virtuosité de l'écriture brève.


Avec la collaboration de Shinji Kosaï.


Dans la collection

Po&psy princeps

À propos des auteurs et autrices
photo de  SÔGI

Sôgi Lio (1421 - 1502).

D'humble naissance, on ne sait rien de sa carrière avant 1457. Ses derniers écrits suggèrent qu'après avoir été au service d'un moine zen à Kyoto, il devint, vers 30 ans, un poète de renga profesionnel. Il est considéré comme le plus grand poète japonais de cette époque.

Pour en savoir plus, consultez la page du blog de la collection PO&PSY en suivant ce lien.

photo de  SHÔHAKU

Shôhaku ou Muan surnommé Botanka (1443 - 1527).

Poète de renga de l'époque Muromachi, il reçu de Sôgi le Kokin Denju (enseignements anciens et modernes). Il compose en 1488 à Minase avec son maître Sōgi et avec Sōchō, autre élève de Sōgi, la collection renga intitulée Minase sangin hyakuin. Il participe également à la composition du Shinsen tsukubashu de Sōgi, une collection renga, qui comprend de nouvelles règles pour composer en renga. Shōhaku rédige en outre un commentaire sur le Ise monogatari, Ise monogatari shōbunshō et un traité sur la poésie renga, Shōhaku kōden. Il est dit que, d'origine noble, il aimait les pivoines (botan) les parfums et l'alcool, et qu'il menait une vie raffinée.

Sôchô, aussi appelé Sôkan ou Saiokuken (1448 - 1532)

Poète de renga et chroniqueur de la fin de la période de Muromachi, il est l'élève de Sōgi. Après la mort de son maître, il écrit Sōgi shūen ki (« Récit des derniers moments de Sōgi »). Ses mémoires Sōchō shuki paraissent de 1522 à 1527. De 1530 à 1531, il rédige le journal Sōchō nikki.

Détails
  • Parution : 7 juin 2012
  • EAN : 9782749216539
  • 10.5x15, 0 pages
  • Po&psy princeps
  • Thème : Po&psy

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