Alyson McGregor


 

 

  

     

Traduit de l'américain par Hélène Colombeau

 

Érès : Pour démarrer pourriez-vous nous expliquer votre parcours professionnel et comment vous en êtes arrivée à vous intéresser plus particulièrement aux différences entre hommes et femmes au niveau médical ?

 

Alyson McGregor : J’ai toujours voulu être médecin urgentiste. J’aimais ce sens de l’intérêt général qu’il faut avoir pour soigner des patients issus des milieux les plus divers et atteints de toutes les affections possibles. En tant que femme débarquant dans une discipline dominée à l’époque par les hommes, j’avais conscience des nombreuses barrières auxquelles nous sommes confrontées par rapport à eux quand nous entamons une carrière médicale ou scientifique. À la fin de ma formation, on m’a proposé un poste de professeur à l’école de médecine Warren Alpert de l’université Brown, qui combinait travail de recherche et pratique clinique au sein du service d’urgence. Là, j’ai remarqué que nos connaissances sur les maladies cardiaques, les avc, les processus auto-immuns et les traitements médicamenteux chez les femmes étaient très lacunaires. J’ai donc décidé d’orienter mes recherches vers l’amélioration de la santé des femmes à travers le prisme de la médecine sexuée et genrée.

 

Érès : Depuis toujours la médecine occidentale s’est construite sur le modèle masculin, comment peut-on l’expliquer ?

 

A. McG. : Au moment où la médecine factuelle commençait à s’imposer au nom de la rigueur scientifique, des règles ont été édictées pour empêcher les femmes de participer aux essais cliniques par crainte des potentiels effets néfastes sur le fœtus si elles tombaient enceintes. Conséquence : les recherches ont été effectuées sur des animaux mâles et sur des hommes jeunes et sains, qui ont servi de modèles en matière de santé et de maladie. On se fondait alors sur l’hypothèse selon laquelle il suffisait d’étudier les hommes et d’appliquer ensuite les informations obtenues sur les femmes. Aujourd’hui, on sait que cette hypothèse est fausse et qu’il faut considérer les corps des femmes séparément de ceux des hommes. Du fait de leurs différences anatomiques et physiologiques et du poids des facteurs socioculturels, elles ne présentent pas les mêmes symptômes lorsqu’elles font une crise cardiaque ou un avc. Connaître ces différences peut changer la vie des femmes partout dans le monde.

 

Érès : Vous avez montré que les différences physiologiques entre hommes et femmes ne se limitaient pas simplement aux appareils reproducteurs. Selon vous la médecine devrait prendre en compte les spécificités féminines au quotidien. Quelles ont été les réactions de vos collègues face à votre analyse ?

 

A. McG. : Au début, mes collègues me dévisageaient sans comprendre. On ne nous avait pas appris ça à l’université ou pendant les stages ! Mais ces dix dernières années, les preuves se sont accumulées : oui, il existe des différences sexuelles importantes entre les hommes et les femmes dans le domaine de la santé. Le progrès scientifique nous impose d’être capables de faire évoluer notre vision du monde. C’est peut-être inconfortable dans un premier temps, mais à la fin cela prend tout son sens.

 

Érès : La pandémie ouvre-t-elle de nouveaux questionnements sur les différences médicales entre homme et femme ?

 

A. McG. : La pandémie de Covid-19 a montré que les différences entre les sexes allaient au-delà de la « santé féminine ». Par exemple, les hommes ont été beaucoup plus malades que les femmes, ont été hospitalisés en plus grand nombre, et même, ont été bien plus nombreux à mourir. Pourquoi ? Nous avons découvert des différences non seulement dans la prédisposition à la maladie, la réponse immunitaire et les effets des traitements, mais aussi dans le lavage des mains, le port du masque et certains comportements comme le tabagisme.

 

Érès : Vous avez fondé la Sex and Gender Women’s Health Collaborative, quelles actions y menez-vous pour sensibiliser les patientes et former les soignants ?

 

A. McG. : L’objectif du Sex and Gender Women’s Health Collaborative est de sensibiliser les futurs soignants aux questions d’identité sexuelle et de genre afin qu’ils appliquent plus tard ces connaissances dans la prise en charge de leurs patients. C’est l’une des nombreuses initiatives que nous avons lancées avec mes collègues pour faire en sorte que les formations médicales tiennent compte des dernières recherches sur les différences entre les hommes et les femmes. Si j’ai écrit Le sexe de la santé, c’est parce que j’étais frustrée de voir à quel point cela prend du temps de transformer un système de santé aussi complexe. Je voulais m’adresser à toutes les femmes et leur expliquer comment naviguer au mieux dans ce système. Il n’y a pas de temps à perdre quand il s’agit d’apprendre à défendre sa propre cause. 

 

Propos recueills par Amandine Dubois et Claire Schaeffer

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