Contenus
Session 1 : La honte, avec Yves Mairesse
La honte est un sentiment complexe, à la frontière entre le psychologique et le social. C’est une déchirure entre ce que je suis et ce à quoi j’aspire. Elle n’est pas toujours clairement identifiée par le sujet qui en souffre. Elle survient lorsque l’activité de l’enfant donne lieu à une réprobation des figures d’attachement. Les enjeux d’estime de soi seront fortement impactés selon la qualité des régulations au sein de la famille. La honte pathogène résulte d’épisodes intériorisés où l’humiliation a pris l’ascendant sur le soin et l’empathie. Ses effets peuvent être dévastateurs : inhibition, retrait social, fuite dans l'illusoire et l'échec ou à l’inverse grandiosité narcissique. Comment aborder cette émotion dans les pratiques relationnelles ? Comment aider à sa prise de conscience, sans blesser, sans humilier et à soutenir le regard d’autrui ? Car c’est bien dans ce regard qu’elle pourra se réparer. Des exemples cliniques viendront soutenir la démarche socio-thérapeutique.
Session 2 : L’autorité, avec Alain Éraly
Nous sommes les héritiers d’une immense tradition culturelle qui assimile toute résistance à l’autorité à une lutte contre l’oppression. Pourtant nos sociétés, non sans répugnance, finissent par admettre qu’elles ne peuvent se passer d’autorité. La conférence s’attachera à clarifier la distinction fondamentale entre trois notions trop souvent confondues : autorité, pouvoir et domination. Elle évoquera les causes profondes de l’actuelle crise de l’autorité et la diversité de ses implications dans la vie des institutions.
Session 3 : L’envie, avec Bénédicte Vidaillet
L’envie est une émotion omniprésente dans les contextes sociaux, en particulier dans les organisations. On fait cependant comme si elle n'existait pas... Prendre en compte cette émotion permet de comprendre différemment de nombreux aspects de la vie au travail et d’éclairer sous un nouvel angle certains comportements, problèmes et dysfonctionnements courants dans les organisations. Nous montrerons : comment se repèrent l'envie et ses effets potentiellement destructeurs dans les organisations ; de quelle manière l’envie peut surgir dans de nombreux actes de management, notamment ceux qui touchent aux places et à la valeur respectives des individus (promotion, gestion de carrière, réorganisations, évaluation de la performance, répartition de ressources...); et enfin comment éviter que l’envie ne se développe durablement dans un contexte de travail.
Session 4 : Approches Systémiques, Nathalie Païva et Tanja Spori
Face aux mutations profondes touchant les personnes qui demandent des soins, les praticiens qui les proposent et les institutions qui les gèrent, les symptômes de mal-être sont complexes et pluriels. Ils sont le plus souvent le produit d’une intrication entre les registres psychique, intrapsychique, familial, professionnel, économique et social. Il y a là des nœuds sociopsychiques qu’il nous appartient de démêler. La rencontre entre deux épistémologies, la systémique et la sociologie clinique, permet de construire une clinique de la complexité au carrefour de la théorie et de la pratique, de la recherche et de l’implication, du personnel et du collectif, à destination de tous ceux qui refusent les cloisonnements disciplinaires.
Session 5 : La violence, avec Isabelle Séret
Les rencontres entre personnes victimes et auteurs restent bien souvent impensables. Comment cet autre qui m’est opposé pourrait-il m’accompagner voire me soutenir dans la traversée des épreuves tragiques de la vie ? Comment penser ensemble pour agir en commun et (re)faire société avec ceux qui ont agi la violence et ceux qui l’ont subie ? La sociologie clinique propose des dispositifs en milieu carcéral où les participants affrontent la violence sans violence et s’interrogent sur leur propre violence. Dans ce groupe, on y invente la clinique du lien en la fondant sur la reconnaissance mutuelle pour privilégier la restauration du lien social ainsi que la transformation de la société.
Session 6 : L’excellence, avec Margaux Trarieux
L’excellence caractérise notre société contemporaine néolibérale. Elle est à la fois une injonction et une aspiration. Elle guide nos manières de penser et de rêver, d’être et de se projeter, d’agir et d’interagir. Elle s’immisce dans les organisations et dans les processus de socialisation primaires et secondaires, sans que nous n'en soyons toujours conscients. S’intéresser à la normalisation de l’excellence et de son pendant actif, la performance, permet de questionner l’un des rouages du système dans lequel nous nous trouvons. Dans une perspective en sociologie clinique, c’est à partir de ses enjeux et de ses effets, à l’articulation entre social et psychique, entre dimension objective et dimension subjective, que nous la questionnerons, notamment sur le terrain de l’éducation et du travail.
Session 7 : L’addiction, avec Brandon Dutilleul
Le champ des addictions est un objet dominé par des conceptions biomédicales et neurobiologiques faisant la part belle à la notion de maladie. Pour « soigner » cette supposée maladie et les symptômes associés les professionnels du soin préconisent majoritairement l’abstinence totale et définitive. La conduite addictive se situe au cœur d’une énigme socio-existentielle plus complexe et singulière qu’il convient d’explorer pour réintégrer la notion de choix et adapter l’accompagnement aux personnes concernées.
À partir de la présentation d’un cas clinique nous analyserons l'intérêt de la sociologie clinique dans l'accompagnement des addictions : comment elle peut aider à repenser le modèle biomédical et l’injonction à l'abstinence à partir du vécu et de l’analyse des paradoxes qui traversent la vie des individus concernés.
Session 8 : La subjectivation, avec Pascal Fugier
Qu'est-ce que subjectivation peut bien dire en sociologie clinique ? Qu'est-ce qu'on peut en saisir et comment on peut s'en saisir dans le cadre d'une sociologie clinique, que ce soit dans le cadre d'un travail de recherche ou dans l'accompagnement, la formation de professionnels des métiers de l'humain (éducation, santé, social...), ou encore dans l'accompagnement mené auprès de ses publics ? Les échanges pourront à la fois permettre de clarifier le sens donné à cette notion centrale en sociologie clinique mais aussi traiter de son usage opératoire dans des dispositifs de recherche, d'accompagnement et de formation.
Session 9 : L’égocratie, avec Danièle Linhart
La Démocratie célèbre la souveraineté du peuple, le pouvoir pour le peuple, par le peuple. L’Egocratie célèbre la souveraineté du moi, le pouvoir pour le moi, par le moi. Phase nouvelle de l’individualisme, le moi de chaque individu devient la boussole qui lui donne le sens de son existence, de ses engagements, de ses préoccupations. Elle se manifeste par une multiplication de comportements individuels, singuliers, par lesquels des individus affirment leur autonomie, leur volonté de distinction, l’affirmation de soi différents des autres. Le soi de chaque individu devient le support d’une société à construire. Peut-elle ouvrir de nouveaux chemins, fonder une nouvelle façon de faire société, là où le désir d’être soi serait compatible avec l’être ensemble ?
Session 10 : Les paradoxes, avec Fabienne Hanique
L’injonction paradoxale plonge un individu dans un dilemme insoluble en lui imposant des exigences incompatibles : produire toujours plus avec moins de moyens, être autonome en obéissant aux règles, avoir l’esprit d’équipe dans un système hyper concurrentiel. La mutation vers un capitalisme financier exacerbe cette logique paradoxante et la propage dans toutes les organisations privées et publiques, marchandes et non marchandes. Nous mettrons à jour les origines du phénomène, au confluent de la « révolution » managériale. Nous analyserons la difficulté de vivre dans un système paradoxant aux effets ravageurs pour la santé mentale et proposent des pistes pour combattre la folie que ce système génère.