Dominique Youf


par Dominique YOUF (†),
le 5 nov. 2015

Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre : Dominique Youf, vous êtes rédacteur en chef de la revue Les Cahiers dynamiques que nous publions depuis le numéro 46 de 2010. Essentiellement destinée aux professionnels qui prennent en charge des enfants et des adolescents en danger ou en conflit avec la loi, cette revue est élaborée au sein de l’École nationale de la protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ), anciennement établie à Vaucresson, maintenant à Roubaix. Le numéro 1 Préciser le sens de notre action éducative, paru en 1995, me semble assez emblématique du projet de cette revue qui, en étant proche du terrain, a l’ambition de devenir un outil de réflexion et d’élaboration d’une pratique éducative et de soin. Pouvez-vous nous en parler et retracer l’histoire de cette publication ? 

Dominique Youf : Comme vous l’avez indiqué, Les Cahiers dynamiques sont nés en 1995. Nous fêtons son vingtième anniversaire ! Dominique Charvet, son initiateur, était un grand directeur de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Il a réformé le statut et la formation des éducateurs de la PJJ et créé le statut des directeurs. 1995 fut aussi l’année où la première promotion des directeurs fut formée à Vaucresson. Il y avait eu d’autres revues de la PJJ qui avaient précédé Les Cahiers dynamiques (La revue de l’Éducation surveillée, Rééducation, Ancres). L’originalité de la nouvelle revue était de donner la parole aux professionnels. Et effectivement, quand on ouvre les premiers numéros, l’ensemble des auteurs sont des professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse. Gisèle Fiche, ancienne directrice départementale de la PJJ et alors directrice du service des études de Vaucresson a été la rédactrice en chef et véritable cheville ouvrière de la revue jusqu’en 2006.

 

MFDS : À quel moment vous êtes-vous trouvé impliqué dans la revue et à la suite de quel itinéraire professionnel ?

DY : J’ai succédé à Gisèle Fiche en 2006 suite à son départ à la retraite. Comme elle, j’avais fait la totalité de ma carrière à la PJJ, d’abord comme éducateur puis comme directeur de service. Parallèlement à ma carrière d’éducateur, j’avais entrepris des études de philosophie qui m’ont amené à soutenir une thèse de doctorat sur les droits de l’enfant en 1997. Ce travail m’a amené à écrire des articles pour des revues comme Le Débat et Esprit, ce qui s’est avéré très utile à la tête de la revue Les Cahiers dynamiques. Lorsque j’ai pris la responsabilité du service des études qui deviendra un véritable département de recherche lors de la délocalisation de l’ENPJJ à Roubaix en 2008, la rédaction en chef de la revue professionnelle de la PJJ relevait de mes fonctions.

 

MFDS : Comment animez-vous la revue ? Y a-t-il un comité de rédaction ?

DY : Lorsque je suis devenu rédacteur en chef, il me semblait important de donner un nouvel élan à la revue professionnelle de la PJJ. Les Cahiers dynamiques s’adressaient exclusivement aux professionnels du secteur public de la PJJ qui les recevaient gratuitement dans leur service et il n’y avait pas de comité de rédaction permanent. Mon objectif a été de l’ouvrir à l’extérieur et, notamment au secteur associatif habilité (SAH). Nous avons constitué un comité de rédaction comprenant 3 représentants du SAH, 3 représentants des professionnels du secteur public de la PJJ, 3 représentants de la direction de la PJJ et enfin les 3 membres de l’équipe de rédaction. Cette ouverture a consisté également à faire publier la revue par érès et par Cairn.

 

MFDS : Avez-vous des relais au sein de la PJJ, notamment en région, avec des associations du champ médico-social, l’Éducation nationale ? Quelle est l’articulation avec l’ENPJJ ? 

DY : Lorsque nous élaborons un numéro des Cahiers dynamiques, nous en discutons d’abord en comité de rédaction. Chaque membre a ses réseaux soit sur son territoire, soit dans son association. Les représentants de la direction de la PJJ (DPJJ) connaissent bien les professionnels du secteur public de la PJJ. Ils nous mettent également en relation avec un spécialiste à la direction. Par exemple, lorsque nous avons préparé le numéro 63 sur Décrochage et raccrochage scolaires, le responsable des relations avec l’Éducation nationale nous a apporté un concours précieux.

Ensuite, il y a le travail remarquable qu’accomplit l’équipe de rédaction. Perrine Cheval et Bernard Guzniczak, chargés d’édition, qui s’occupent également de la publication des revues de l’ENPJJ (Sociétés et jeunesses en difficulté, http://sejed.revues.org/ Revue d’histoire de l’enfance irrégulière, https://rhei.revues.org/, À claire voie http://acv.hypotheses.org/) jouent un rôle central dans la conception et la réalisation de la revue Les Cahiers dynamiques. Avec le rédacteur en chef, ils réunissent les chercheurs et les formateurs de l’ENPJJ qui peuvent aider à construire le numéro. 

 

MFDS : Chaque numéro des Cahiers est construit autour d’un dossier. Comment sont choisis les thèmes ?

DY : C’est le comité de rédaction qui choisit les thèmes. Notre priorité est de choisir des thèmes qui intéressent directement les professionnels de la protection de l’enfance et de la justice des mineurs, comme L’aide à la décision judiciaire (n° 51), Écrire (n° 61), L’évaluation (n° 62). Mais les dossiers sociétaux peuvent intéresser aussi un plus large public. C’est ainsi que les numéros sur l’interculturalité (n° 57), sur Mixité et éducation : question de genre ? (n° 58), La justice restaurative (n° 59) ont été remarqués, notamment par Jacques Munier dans sa chronique matinale L’essai et la revue du jour sur France Culture. Il nous arrive également d’être un peu en avance sur l’actualité. C’est ainsi que le n° 54 sur Les jeunes, le religieux et la laïcité connaît un succès tardif. À la différence de l’ancienne formule, nous ne nous contentons pas de donner la parole aux professionnels, nous sollicitons les meilleurs spécialistes des thèmes sélectionnés. Nous pensons, en effet, que si la réflexion des professionnels est très importante, elle doit également être enrichie par les chercheurs et les experts de chaque dossier.

 

MFDS : Le numéro 64 marquera l’anniversaire des 70 ans de l’ordonnance de 1945 à l’origine de la direction de l’Éducation surveillée devenue la PJJ en 1990. Ce sera sûrement l’occasion de revenir sur l’histoire de la prise en considération des mineurs délinquants et sur les tentations politiques d’apporter des réponses qui privilégient la sanction au détriment de l’éducation, ce qui inquiète de nombreux professionnels de la justice comme Alain Bruel dont le livre Pratiques et évolutions de la justice des mineurs vient de paraître dans la collection « Trames ». Comment avez-vous conçu ce numéro ? Donnera-t-il lieu à des manifestations publiques ? 

DY : Le numéro 64 sera effectivement un numéro important. Il aura une double dimension à la fois historique mais aussi et peut-être surtout prospective. Nous allons essayer de comprendre ce qui fait le propre de cette justice spécialisée, quelles ont été ses transformations depuis l’adoption de l’ordonnance de 1945. Les lecteurs verront que la justice des mineurs s’est vraiment installée une quinzaine d’années après la signature du texte par le Général de Gaulle et a commencé à se transformer 10 ans avant le fameux tournant répressif des années 2000. Comme dans chaque numéro, des chercheurs et des spécialistes feront part de leurs recherches et analyses sur le sujet. Nous aurons un témoignage important de Pierre Joxe qui est aujourd’hui avocat pour enfants mais qui a été membre du Conseil constitutionnel au moment des réformes durcissant la justice des mineurs. Il nous révèlera des informations qu’il n’avait pas données jusqu’à présent. Des professionnels témoigneront également des évolutions de la justice des mineurs qu’ils ont vécues et diront leur avis sur cette justice aujourd’hui. Mais ce numéro a aussi une dimension internationale. Qu’en est-il de la justice des mineurs à l’extérieur de nos frontières, notamment en Europe ? Et quel est l’avenir de cette justice ? Ce numéro s’inscrit dans l’ensemble des manifestations que le ministère de la Justice et la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse ont organisées sur l’ensemble du territoire national. Le numéro sera publié lorsque l’ENPJJ et son service de la recherche organiseront leurs journées de valorisation de la recherche les 5 et 6 novembre 2015 à Roubaix sur le thème 70 ans de justice, entre spécialisation et déspécialisation. 

 

70 ans de justice des mineurs
à l’ENPJJ

 

5 et 6 novembre 2015 à l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse de Roubaix

 

Depuis l’ordonnance du 2 février 1945 et les nombreuses modifications dont le texte initial a fait l’objet, entre spécialisation et déspécialisation, enjeux politiques, éducatifs et sociétaux, comment la justice des mineurs a-t-elle évolué ? Comment penser son avenir à l’aune d’une possible réforme ?

C’est autour d’un évènement scientifique, pluridisciplinaire et à forte dimension internationale, que chercheurs et acteurs de la justice des mineurs se retrouveront pour des conférences et débats.

 

Contact pour toute demande de renseignements
sur le programme et les inscriptions : recherche.enpjj-roubaix@justice.fr

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