Alexandra Christides et Daniel Marcelli


par Daniel MARCELLI, Alexandra CHRISTIDES,
le 3 févr. 2016

Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre : Alexandra Christides, vous êtes directrice de la Fédération nationale des écoles de parents et d’éducateurs ; Daniel Marcelli, pédopsychiatre, auteur de nombreux livres – dont, chez érès, Ces adolescents qui évitent de penser avec Nicole Catheline – vous en êtes le président. En 2016, nous entamons ensemble un partenariat autour de la revue L’École des parents que la FNEPE publie depuis 1949. Nous nous réjouissons d’accueillir dans notre catalogue cette revue colorée qui, avec rigueur et ouverture d’esprit, s’intéresse depuis longtemps aux problématiques de l’enfance et de la famille. Elle viendra prendre place aux côtés de revues que nous avons contribué à créer et que publions depuis 20 ans : la revue Spirale, la grande aventure de Monsieur Bébé, plus particulièrement dédiée à la périnatalité et à la petite enfance et la revue Enfances & PSY où les dossiers thématiques traitent de manière approfondie et transdisciplinaire des questions cliniques et théoriques concernant tous les professionnels de l’enfance. Nous espérons créer ainsi une belle synergie entre ces publications qui ont une véritable identité dans ce domaine éditorial. Pouvez-vous nous présenter la FNEPE et le travail des Écoles des parents et des éducateurs réparties sur le territoire français  qui ont été pionnières dans le soutien à la parentalité, aujourd’hui à la mode ?

Daniel Marcelli : La Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs (FNEPE), est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée association de jeunesse et d’éducation populaire et complémentaire de l’enseignement public. Elle fédère une quarantaine d’associations réparties sur tout le territoire, les Écoles des parents et des éducateurs (EPE). Leur mission est de soutenir et d’accompagner les parents, les professionnels et les jeunes afin de renforcer les alliances éducatives.

Pour cela elle contribue à rendre acteurs de leur vie les parents et les jeunes, en renforçant leurs ressources propres et leurs compétences personnelles quelle que soit leur situation sociale, culturelle et professionnelle. Elle prend en compte toutes les dimensions de la personne ainsi que son histoire. Toute parole est accueillie avec bienveillance, sans jugement ni modèle normatif. Chacun est soutenu dans l’élaboration de ses propres solutions.

Alexandra Christides : La FNEPE coordonne et anime le réseau des EPE, accompagne la création et le développement de projets de soutien à la parentalité, fait connaître auprès de ses partenaires et du grand public les actions des EPE, organise des colloques, anime des groupes de travail, édite des guides thématiques et des brochures et assure la publication de la Revue L’École des parents.

 

MFDS : À l’occasion de notre partenariat, nous avons convenu de changer le format de la revue L’École des parents pour le rendre compatible avec sa présence en librairie : les 4 numéros annuels seront accompagnés 2 fois par an d’un ouvrage éventuellement en prise avec vos journées d’études. Par contre l’esprit de la revue reste le même, tout comme celui de la maquette qui sera toujours assurée par votre graphiste. Pouvez-vous nous dire comment vous concevez chaque numéro ? Comment sont décidés les thèmes des dossiers ? Les rubriques sont également importantes dans la revue. Y aura-t-il des changements de ce côté-là ?

DM : L’École des parents est une des références dans le champ de la parentalité, de l’éducation et de la coéducation au sens large. Elle s’adresse à un public de professionnels de l’action sociale, de l’enfance et de la petite enfance, du soin, de l’école, de l’animation et mais aussi à des particuliers, par l’intermédiaire notamment des bibliothèques et des médiathèques.

À chaque numéro, L’École des parents se penche sur un grand thème de société en lien avec la sphère familiale, à travers des articles de fond, des interviews, des reportages et des contributions d’experts reconnus : pédopsychiatres, sociologues, psychologues, anthropologues.

L’École des Parents veille à respecter la diversité des approches psychologiques, sociologiques et philosophiques, sans se limiter à un seul point de vue. Elle suit les grands enjeux de l’actualité au sein de l’Éducation nationale, de la famille et du social, avec le recul que lui permet sa parution bimestrielle et très prochainement trimestrielle.

AC : La FNEPE compte parmi ses instances un Conseil scientifique présidé par Thierry Beaubet, professeur de pédopsychiatrie au sein du service de Psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et addictologie spécialisée de l’Hôpital Avicenne. Cette instance de réflexion sur la famille et la parentalité se réunit régulièrement pour donner un avis sur les orientations et le développement des actions de la FNEPE et de son réseau, sur la ligne éditoriale de la Revue L’École des parents et sur les thématiques des colloques organisés par la FNEPE.

DM : La revue qui n’avait pas changé de look depuis 10 ans a procédé à un léger lifting sur le format et sur sa formule. Comme vous l’avez dit, il y aura quatre numéros par an dont deux seront accompagnés d’un supplément qui approfondira une thématique particulière. Notre ambition est de faire de ces suppléments en forme d’ouvrages une véritable collection.

La revue elle-même se déclinera toujours en quatre grandes parties : actualité, dossier, terrain et pratique. La première accueillera de prestigieuses signatures : Caroline Eliacheff pour un billet d’humeur, Serge Tisseron pour un décryptage cinéma ou jeux vidéo et Philippe Mérieu pour une chronique sur la place des parents à l’école.

Le dossier se penchera chaque trimestre sur une nouvelle thématique, en diversifiant, comme aujourd’hui les approches (sociologiques, psychologiques, anthropologiques, …) et les formes rédactionnelles.

La rubrique terrain, très appréciée des lecteurs, donnera la parole aux acteurs locaux, entre autres aux professionnels et aux bénévoles de notre réseau. Les pages pratiques, quant à elles, s’étofferont de conseils juridiques et d’une sélection d’outils de médiation, pour mieux rendre service aux professionnels.

 AC : Les thématiques des dossiers des quatre numéros pour l’année 2016 sont les suivantes :

Le premier numéro de l’année sera consacré au désir d’enfant aujourd’hui, notamment quand il reste inassouvi ou nécessite le recours à l’adoption et à la procréation médicale assistée (PMA). Seront interrogés les parentalités tardives et les enfants surinvestis, les aléas de la construction du lien parent-enfant, et du développement de l’enfant…

Le numéro suivant « Regard social sur l’autisme » dressera un état des lieux actuel des connaissances sur l’autisme, sans parti pris : si l’apport des sciences neuro-développementales les a considérablement enrichies, il ne s’agit pas d’éliminer les modèles psychopathologiques. L’objectif est de mieux prendre en charge ces enfants différents, et d’aider leurs parents.

Le troisième numéro sera consacré au pouvoir des images. Le 2 septembre 2015, la photo du petit Aylan, sans vie, sur le sable d’une plage turque, était publiée à la une de la plupart des journaux, retournant l’opinion publique à l’égard des réfugiés. Pourquoi les images ont-elles, plus que les mots, cette puissance d’évocation ? Comment les artistes, les publicitaires et les politiques les utilisent-ils pour nous émouvoir, nous manipuler ? Les images violentes et pornographiques peuvent-elles influencer nos comportements ? Le phénomène n’est pas nouveau mais, dans une société dominée par l’image, il est nécessaire d’apprendre à nos jeunes à décrypter ces images, mais aussi à maîtriser leur propre image, et à respecter celle des autres, sur les réseaux sociaux. Et, en tant que professionnel, à intégrer ce langage dans nos pratiques. Un numéro très visuel, à la croisée de la sociologie, de la psychologie et de la sémiologie.

Et enfin le dernier numéro traitera du décrochage scolaire.

Chaque année, 150.000 jeunes Français quittent le système scolaire sans diplôme, et vont grossir les rangs des chômeurs. Notre école serait-elle devenue obsolète, inadaptée aux élèves et aux enjeux du XXIe siècle ? Sans doute, si l’on en croit les résultats des évaluations PISA qui, d’année en année, la voient chuter dans le palmarès des pays occidentaux. Comment prévenir le décrochage scolaire, et réinsérer ceux qui ont quitté l’école ? Redonner aux élèves le goût d’apprendre, et les mettre en situation de réussite ? Les préparer au marché du travail, et en faire des citoyens engagés, curieux, créatifs ? Dans de nombreux collèges et lycées, des initiatives prouvent que l’on peut apprendre autrement. Il est temps de les mutualiser. Le culte de l’excellence ne justifie pas que l’on abandonne 15 % de nos enfants au bord de la route. Un dossier engagé, qui donne la parole aux pédagogues, aux psychologues, et aux acteurs de terrain.

Le premier livre-supplément sera consacré à la prévention des dérives radicales chez les adolescents et le second s’intéressera aux nouvelles formes des objets transitionnels, téléphones portables et autres tablettes.

 

MFDS : Bien que programmé avant les événements dramatiques du 13 novembre à Paris, le thème du premier supplément est d’une brûlante actualité. Il prolongera la journée d’études qui se tiendra à Toulouse le 11 mars 2016. Pouvez-vous nous en parler ?

DM : La question du sens est au cœur de l’adolescence et vient faire rupture avec l’enfance. L’adolescent a un besoin impérieux de donner un sens à sa vie et recherche, pour cela, des engagements forts : citoyens, religieux, artistiques…

Aujourd’hui, de nombreux jeunes sont dans des situations à risque et ne trouvent ce sens que dans des engagements parfois radicaux. Que l’on parle de dogmatisme, d’engagement sectaire, de radicalisation, ce sont les mécanismes à l’œuvre qui doivent être questionnés : les problématiques parentales, l’absence de modèles sociétaux, l’échec scolaire…

À l’invitation de la FNEPE et de l’École des parents de Haute-Garonne des spécialistes de l’adolescence de différentes disciplines (pédopsychiatrie, sociologie, philosophie…) des représentants de l’INJEP, de l’Éducation nationale et de la Miviludes apporteront leurs analyses et réflexions.

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