Le billet de Philippe Gaberan


par Philippe GABERAN,
le 17 sept. 2019

Où il est question des métiers de l’éducation spécialisée.

 

En lien avec les auteurs Maurice Capul et Michel Lemay, les éditions érès ont décidé de publier une nouvelle édition de l’ouvrage De l’éducation spécialisée (sortie en librairie août 2019). Plus de 150 000 lecteurs, 11 rééditions successives… l’ouvrage est désormais un classique. Pour cette nouvelle édition les auteurs ont décidé de maintenir le titre De l’éducation spécialisée alors que partout dans le monde, et sur l’impulsion des pays nord-américains, s’impose le terme de « travail social ». 

Parce qu’il est installé au Québec depuis de très nombreuses années, nous avons demandé à Michel Lemay les raisons de ce choix. Dans une longue discussion, placée en avant-propos de la nouvelle édition, un élément de sa réponse dit pourquoi «… l’intérêt de maintenir le terme d’éducation spécialisée ne repose pas sur une nostalgie, mais sur le besoin vital d’avoir des professionnels s’occupant de l’éducation de sujets dont le développement paraît entravé. » De fait, dès l’introduction de Oser le verbe aimer en éducation spécialisée (érès 2016), je notais qu’il était vital de rappeler qu’il existe bel et bien une éducation spécialisée tandis que notre ami éducateur et écrivain, Guy Delhasse, déplore dans Quand je éduque un autre, le fait qu’il n’y aura bientôt plus personne pour se dire éducateur. La spécialisation de l’éducateur tient à l’art d’aider une personne, enfant, adolescent, adulte, dont l’histoire a été impactée par des événements de nature traumatique, à renouer avec une trajectoire de vie qui ne soit plus subie (parce que aliénée à la mise en scène des symptômes) mais choisie (dès lors que la rencontre avec un adulte éducateur permet de renouer avec les possibles). Il y a donc bien des métiers de l’éducation spécialisée dont la complexité ne peut être escamotée par l’apparente banalité des actes produits au quotidien. 

De même les éditions érès ont décidé de publier une nouvelle édition de Moniteur éducateur, un professionnel du quotidien (érès, 2019), un ouvrage que j’ai cosigné avec Patrick Perrard. Depuis sa première parution, il est lui aussi devenu une référence. 

Avec Patrick Perrard nous avions pris le parti de montrer que la profession de moniteur éducateur, qu’une réforme des diplômes avait fait passer d’un statut de certificat d’aptitudes à celui d’un diplôme d’état, était bien un véritable métier et non une sous-qualification. Aujourd’hui, et sans qu’il y ait lieu de s’en réjouir, le Diplôme d’état de moniteur éducateur (DEME) est en passe de supplanter le DEES dans sa spécificité de professionnel de proximité. À l’heure où paraît cette nouvelle édition, nous ne savons pas encore si va se poursuivre la réforme de l’architecture des diplômes. Parvenue à la refonte des métiers du niveau 5 puis des métiers de niveau 3, cette ultime réforme a sans doute produit autant d’avancées qu’elle a commis de dommages… à commencer par la suppression de la passerelle existant entre DEME et le DEES. Alors, et sans faire du diplôme le seul viatique vers l’emploi, nous insistons pour dire qu’être adulte éducateur requiert plus que jamais un agir professionnel adossé à la fois sur une intuition de la présence à l’autre et sur une grande maîtrise des savoirs liés aux sciences humaines. 

Philippe Gaberan

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