Jean-Paul ARVEILLER, Clément BONNET
Au travail
les activités productives dans le traitement et la vie du malade mental
Actuellement, il est illusoire de croire que la réadaptation sociale d'une personne traitée pour des troubles psychiatriques ne s'opérera que par sa réinsertion professionnelle. La question de sa place dans la société, de sa citoyenneté se pose avec d'autant plus d'acuité : quelle peut être sa participation réelle journalière au vécu commun de la cité ?
Ce problème dépasse aujourd'hui largement le cadre de la maladie mentale. En effet, la crise économique a privé de nombreux citoyens de leur droit au travail, fabriquant par-là même des exclus " handicapés de travail ". Or des experts dignes d'attention s'accordent à dire que dans l'avenir ce phénomène va s'accentuer. Il est donc urgent de prévoir pour les sans emploi de demain un statut différent de celui d'exclus-assistés (l'instauration du RMI semblait aller dans ce sens...). À l'insertion par le travail doit se substituer un projet plus global dans lequel l'indépendance de vie, la gestion du quotidien, l'acquisition de responsabilités, la lutte contre la solitude seront primordiales.
L'expérience de l'introduction et de l'évolution du travail dans le champ psychiatrique est à ce propos particulièrement riche d'enseignements :
- au début de ce siècle, le travail apparaît dans l'asile comme un moyen d'adaptation, d'éducation et de maintien de l'ordre. L'obligation et le conditionnement sont largement utilisés pour accroître la production ;
- après la Deuxième Guerre mondiale, le travail se veut thérapeutique. Base d'une communication avec les autres, il est considéré comme un élément de psychothérapie institutionnelle ;
- les années 70 se caractérisent par une critique du travail aliénant des hôpitaux psychiatriques ; les ateliers intrahospitaliers se vident alors que de nouvelles pratiques naissent dans le milieu social. C'est le développement du réseau de travail protégé (centres d'aide par le travail, ateliers protégés, etc.) qui soulève le problème d'une nouvelle exclusion sociale ;
- la loi de 1975 transforme les malades mentaux en handicapés du travail, les rattachant à un nouveau groupe d'exclus, appelés à se multiplier...
À partir d'une analyse historique soigneusement documentée, les auteurs de cet ouvrage nous convient à une réflexion approfondie sur la notion d'un travail au sens large, libéré de toute exigence de production mais en prise directe avec la vie communautaire, qui assurerait une réelle insertion des sans-emplois, malades ou exclus sociaux...
Dans la collection
Jean-Paul Arveiller est psychologue clinicien dans le secteur 3 de psychiatrie générale de Paris et dans l’équipe d’appui santé mentale et exclusion sociale de l'hôpital Sainte-Anne. Il est promoteur et animateur du réseau « Groupe santé mentale » à Paris.
Clément Bonnet est psychiatre des hôpitaux honoraire. Il a été directeur général de l'ASM 13 de 1999 à 2006, président de Croix Marine de 1990 à 1999. Il est actuellement président de l’association Santé mentale Île-de-France (SMF IDF).
- Parution : 1 janvier 1991
- EAN : 9782865861804
- 46x24, 224 pages
- Questions de psychiatrie
- Thème : Santé mentale
Mots-Clés
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