Marie-Dominique WILPERT

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Marie-Dominique Wilpert est chercheure en intervention sociale et éducative, auteure de Droit de refuge pour les femmes et les enfants face aux violences conjugales et sociales (érès, 2015).

Mots-clés : Parentalité, genre, inégalités sociales, mère, professionnelles petite enfance, modes de garde, éducation, socialisation, care, recherche-action, recherche participative en travail social, analyse des pratiques, pratique de l'Institutionnel, praxis, psychosociologie clinique, prévenance, pluridisciplinarité.

 

 

Quel est le parcours qui me conduit aujourd'hui à mener des recherches, sur le thème de la parentalité et du genre ? A privilégier l'analyse de la pratique et sa théorisation, et la recherche en travail social, en menant des recherches participatives avec des professionnel-le-s de terrain ?

Née en 1955, issue d'un milieu modeste, fille d'un militant syndical C.F.D.T et d'une femme dite au foyer, j'ai été nourrie pendant mon enfance au « lait » des Associations d'Éducation populaire, notamment à partir de vacances en maisons familiales, fleurons du tourisme social de l'époque. C'est là que s'est initiée ma vie sociale d'enfant, à l'intérieur d'un collectif organisé, bruissant de débats politiques, et d'une vie communautaire bouillonnante, qui brassait enfants et adultes, et milieux sociaux très hétérogènes.
Adolescente, puis jeune adulte, c'est d'un mouvement spontané que je me tournai, à la fois vers l'animation de groupes d'enfants, et le milieu associatif. Étudiante en lettres, je menai parallèlement des expériences innovantes d'Animation et de formation d'Animateurs en tourisme social, la création d'une Association de soutien scolaire dans mon propre quartier populaire... Ensuite je travaillai cinq ans sur un Terrain d'Aventure, espace ouvert de jeux libres et de prévention administré par une Association du quartier, et coopérant avec une école maternelle et primaire mitoyenne, pour le montage d'ateliers d'éveil. Ayant également travaillé comme éducatrice stagiaire dans un foyer de l'A.S.E, j'entrepris des études d'Éducatrice de Jeunes Enfants, et j'obtins mon diplôme en 1981.
Les crèches à participation parentale, qui viennent à peine d'être légalisées, constituent alors des innovations correspondant à mes aspirations : projets solidaires d'un groupe associatif de parents, elles répondent à un besoin social criant, et fort peu reconnu, qui sera administré collectivement, dans un partenariat parents-professionnel-le-s : accueillir et éduquer les enfants pendant que leurs deux parents mènent leur propre vie sociale. Je travaillerai ensuite une dizaine d'années dans le secteur de la petite enfance, essentiellement dans le champ associatif.

François Tosquelles (1984), un des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle, a donné une définition de la praxis : elle est « l'élaboration collective, dans un groupe, des pratiques vécues dans le quotidien. Cela présuppose le collectif : un collectif articulé, pas massifié ou agglutiné. » Jean Oury (1985) en avance une autre : « Non pas l'application d'une théorie sur une pratique, mais quelque chose qui est pris dans un ensemble, une articulation entre les deux, il n'y a pas de différence entre théorie d'un côté et pratique de l'autre ; c'est ce que j'appelle théorisation ou même traduction permanente de ce qui est en question. » (Oury, 1985)Toute ma vie professionnelle, et c'est encore vrai aujourd'hui, a constitué en une recherche de définition, d'élaboration processuelle et de restitution de cette pratique réflexive et collective, en m'appuyant à la fois sur la psychanalyse, et la réflexion sur l'institution, au sens d'un collectif qui institue, issue des mouvements d'éducation populaire, et ne cesse de porter un questionnement hautement politique.

Après quinze années de terrain, je me tourne vers la formation et la recherche ; l'Association du GRAPE, Groupe de Recherche et d'Action pour l'Enfance et l'adolescence, m'ouvre ses portes et me permet de m'engager dans la formation continue des professionnels-le-s de la petite enfance et du travail social. Je continue donc de travailler avec des groupes, en prenant une place de tiers qui favorise l'implication et l'élaboration collective de professionnel-le-s autour de leur pratique quotidienne. Progressivement le cadre de l'analyse des pratiques, devient mon centre d'intérêt essentiel, et occupera une part de plus en plus importante de mon activité, dans des institutions diverses : CHRS, Centre d'urgence, Centres maternels, Centres sociaux, Foyers de l‘Enfance, Lieux d'accueil parents-enfants, Crèches, Relais d'Assistantes Maternelles...

 

« Là où il y a une petite lampe allumée, je n'allume pas la mienne »

Antonio Porchia, Voix éparses, Po&Psy, érès, 2008.

C'est dans la revue du GRAPE que j'ai commencé aussi la rédaction d'articles, issues de ma pratique formative avec des professionnel-le-s. Parallèlement j'ai repris un cycle universitaire qui me conduit à soutenir en 2009 un doctorat en Sciences de l'Éducation, toujours issu de ma propre pratique de formation. Cette posture de praticienne-chercheuse, peu légitimée dans le champ de la recherche universitaire classique, s'inscrit pour moi directement dans la lignée de mes choix initiaux : restituer une praxis, montrer qu'une théorisation formalisée de cette praxis, par celles et ceux qui en sont les acteurs, est possible, et présente des résultats valables et originaux.
L'objet de cette thèse est de rendre compte des représentations du rôle maternel, véhiculées par un discours social - au sens où l'entend Michel Foucault - qui se diffuse par l'intermédiaire des spécialistes de la petite enfance, des dispositifs politico-administratifs comme les conseils généraux, et des professionnel-le-s du champ de la petite enfance. Ce travail a d'abord constitué une « expertise sauvage », consistant à « produire du savoir en tant qu'objet et sujet de connaissance, à devenir l'expert informé de soi-même » (Elsa Dorlin, 2008), dans le sens où, moi-même fille d'une femme qui n'avait pu faire des études et se trouvait assignée au foyer, j'ai rendu compte de la domination masculine qui continue d'aliéner les femmes à la maternité. Les femmes les plus pauvres payent encore aujourd'hui le prix fort de cette assignation. Il se veut aussi une contribution à une recherche issue de la pratique et interdisciplinaire, notamment entre psychanalyse et sociologie, qui relie, plutôt que de les diviser idéologiquement, les préoccupations de lutte pour l'égalité homme-femme et celles de protection de la santé psychique des enfants ; ceci en soulignant le manque de reconnaissance subi par les professionnelles du champ de la petite enfance, essentiellement des femmes, qui rejoignent la cohorte des travailleuses du care et du champ social. Ces professionnelles sont aux prises avec une lutte de représentations autour du rôle de la mère, entre assignation aux enfants et visée émancipatrice d'une femme, citoyenne, qui partage l'éducation des enfants avec le père et le corps social.
En 2011, dans le cadre des Assises de l'Institut Emilie du Chatelet, « L'éducation à l'égalité entre les sexes », j'ai pu faire une brève présentation de ce travail de recherche. Ces Assises filmées sont disponibles en ligne sur leur site : http : //www.iec-assises.fr /

Aujourd'hui je suis formatrice et chercheuse indépendante. J'interviens régulièrement en analyse des pratiques dans diverses institutions, et je développe des recherches participatives en travail social, que je nomme « polyphoniques », associant sans les hiérarchiser la voix des praticien-ne-s et la mienne, qui occupe une place tierce. La logique de mon parcours m'a conduite à soutenir des professionnel-le-s dans leur propre théorisation de leur action. En effet certains cheminements institutionnels et analyses des pratiques produisent souvent une praxis très féconde, mais qui est rarement formalisée, écrite, et valorisée pour la richesse qu'elle pourrait représenter pour la recherche et le champ du travail socio-éducatif. L'idée ne m'a jamais quitté que la pensée de l'action doit d'abord appartenir à celles et ceux qui la font. Concernant les praticiens, et surtout les praticiennes, si nous parlons des travailleuses du care et du secteur social, la prétention d'un savoir disciplinaire à détenir la seule légitimité de la recherche sur la praxis de ces professionnelles, est pour moi clairement de même nature que la domination masculine, « qui prend pour objet les femmes, objective leur corps, leurs paroles et leurs expériences. » (Dorlin, 2008)


Je viens actuellement de terminer un rapport de recherche, à visée de publication, mené avec quatre éducatrices d'un centre d'urgence qui accueille des femmes avec leurs enfants, dans des contextes de violence conjugale et sexiste. Cette recherche a été commanditée par l'Association Rouennaise dont dépend ce centre, L'O.N.M.
Une recherche avec quatre éducatrices-teurs de jeunes enfants travaillant dans des crèches, et portant sur la définition de la fonction professionnelle auprès des parents, est en cours.


En 2012 je suis intervenue, avec Gérard Neyrand et Michel Tort, au cours de la journée d'études proposée par l'Association « Regards » : « Père, Mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ? », et prépare une nouvelle intervention dans la seconde journée organisée par cette Association, le 10 Décembre 2013, toujours sur le thème de l'articulation entre études de genre et pratique professionnelle auprès des familles.

 

 

maridowilpert.favre@wanadoo.fr



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© 2015
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